Cirque de Navacelles : l'eau, sculpteur d'un paysage unique
Cirque de Navacelles : l'eau, sculpteur d'un paysage unique

Le Cirque de Navacelles, situé au cœur des Grands Causses, est un ancien méandre abandonné par la rivière Vis il y a environ 6 000 ans. Ce site multi-labellisé, qui cumule deux labels UNESCO et le label Grand Site de France, illustre l'interaction entre la roche, l'eau, les activités humaines et la biodiversité. Manon Bourg, directrice du Syndicat Mixte du Grand Site du Cirque de Navacelles, détaille les mécanismes géologiques et hydrauliques qui ont façonné ce paysage spectaculaire.

Un méandre abandonné il y a 6 000 ans

Depuis le Belvédère de la Baume Auriol, le regard embrasse l'immense boucle verdoyante au fond du cirque. Difficile d'imaginer qu'il s'agit d'un ancien tracé de la Vis, aujourd'hui située en contrebas, suivant un chemin plus direct au niveau du hameau de Navacelles. « Navacelles, c'est un méandre abandonné », résume Manon Bourg. « La rivière faisait tout le tour de la boucle avant. Mais, il y a environ 6 000 ans, elle a abandonné ce détour et est passée tout droit. Forcément, au fur et à mesure du temps, l'eau érode et creuse les rives. L'évolution normale d'un méandre, c'est de se couper, et d'être abandonné », explique-t-elle.

Ce processus naturel a été accompagné par l'intervention des sociétés humaines installées sur les causses. Le résultat est aujourd'hui spectaculaire : l'ancien méandre forme le cirque, tandis que la Vis a creusé un nouveau passage au cœur du calcaire. Les gorges atteignent aujourd'hui une profondeur d'environ 300 mètres.

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Une histoire géologique de centaines de millions d'années

Pour comprendre la formation de ce paysage, il faut remonter très loin dans le temps. Le territoire du Géoparc conserve une histoire géologique qui s'étend sur plusieurs centaines de millions d'années. À Navacelles, le calcaire des causses est dû à la présence d'un ancien environnement marin. « Il y a 600 millions d'années à peu près, c'était un lagon. On avait la présence ici d'une mer chaude, peu profonde et, au fur et à mesure du temps, se sont accumulés dans le fond de ce lagon des débris sédimentaires. Ils prennent la forme de plusieurs couches, représentant aujourd'hui les roches que l'on voit dans l'enceinte du cirque », explique Manon Bourg. Après la disparition de la mer et le soulèvement des reliefs, l'eau a progressivement pris le relais.

Des labels pour protéger un patrimoine exceptionnel

Protéger est la préoccupation principale pour préserver ces paysages grandioses. Le cirque de Navacelles cumule à ce jour deux labels UNESCO et de nombreuses classifications nationales. C'est un site classé, notamment pour son caractère artistique, historique, scientifique, légendaire et pittoresque. En 2016, le cirque se voit décorer du prestigieux label ministériel Grand Site de France, renouvelé en 2025 pour une durée de 8 ans. À l'échelle mondiale, le Grand Site du Cirque de Navacelles fait partie du paysage patrimonial du Bien UNESCO des Causses et Cévennes, reconnu pour son agropastoralisme. Plus récemment, en 2026, il intègre le Géoparc Terres d'Hérault.

Le calcaire, une roche soluble qui façonne le sous-sol

Le calcaire qui compose les roches du cirque de Navacelles tient une particularité essentielle : il est soluble dans l'eau. « Le calcaire est une roche soluble, c'est-à-dire qu'elle fond sous l'action de l'eau. Et donc, c'est comme ça que les roches se sont érodées. L'eau de pluie s'infiltre dans les fissures, les élargit progressivement et crée des cavités. Au fil du temps, se constitue tout un réseau souterrain », détaille Manon Bourg. Ce fonctionnement explique pourquoi les plateaux peuvent sembler secs malgré l'importance de leurs ressources en eau. Une grande partie de cette eau circule en réalité sous terre.

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« L'eau est absente en surface. Dès qu'il pleut au-dessus des causses, elle s'infiltre directement dans les roches. Leur sous-sol est un véritable gruyère composé de cavités, de grottes et de lacs souterrains », raconte la directrice. Cette circulation souterraine est essentielle au fonctionnement de la Vis. « Sur près de 15 kilomètres, la rivière disparaît totalement, elle passe sous la roche, on ne la voit plus avant de réapparaître au niveau des Moulins de la Foux. C'est ce qu'on appelle une résurgence. » La Vis est ainsi alimentée en permanence par les eaux souterraines du massif. « Elle perd très peu en débit, et ce, toute l'année parce qu'elle est alimentée en continu. Les hommes, avaient justement construit des moulins qui fonctionnaient avec la force hydraulique pour moudre le grain produit sur les plateaux », conclut Manon Bourg. Ce paysage, façonné par l'eau et l'histoire, continue d'attirer visiteurs et scientifiques, tout en étant préservé grâce à des labels exigeants.