L'Autriche, pays neutre, a annoncé ce lundi 27 juillet le passage de son service militaire obligatoire de six à neuf mois, afin de s'adapter à un contexte sécuritaire bouleversé par la guerre en Ukraine. Cette décision fait suite à une réunion du Conseil des ministres et à un rapport remis en janvier par une commission d'experts.
Un constat sécuritaire alarmant
Le chancelier Christian Stocker (ÖVP) a justifié cette réforme lors d'une conférence de presse depuis une caserne près de Salzbourg : « Les conditions de sécurité ont radicalement changé au cours des dernières années, des derniers mois et des dernières semaines. Le rêve d'une paix durable en Europe s'est brisé, au plus tard, avec la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine. » Il a également évoqué l'émergence de menaces hybrides et de cyberguerre, appelant Vienne à « prendre davantage en main ses propres moyens d'autonomie et de protection de la population. »
En mai dernier, Stocker avait déjà averti que l'Autriche serait une cible en cas de conflit, soulignant que ni la neutralité ni la dépendance envers les voisins membres de l'OTAN ne suffiraient à protéger le pays. Ces avertissements s'inscrivent dans une prise de conscience récurrente : les forces armées autrichiennes, longtemps négligées, sont jugées incapables de défendre le territoire contre une attaque majeure d'une puissance étrangère. Ces dernières décennies, l'armée a surtout joué un rôle de protection civile, intervenant lors de catastrophes naturelles ou de patrouilles aux frontières.
Les détails de la réforme
La proposition prévoit un allongement du service militaire de six à neuf mois, et du service civique alternatif de neuf à onze mois sur la base du volontariat. Actuellement, les jeunes Autrichiens peuvent choisir entre le service militaire et un service civique dans des structures comme les ambulances ou les maisons de retraite. La réforme inclut également la création d'un service de réserve obligeant les réservistes à suivre une formation de remise à niveau dans les dix ans suivant leur service actif. Pour rendre le système plus attractif, la rémunération mensuelle pendant le service serait presque doublée, passant à environ 1 000 euros, et des jours de congé supplémentaires seraient accordés.
Cette décision fait suite aux travaux d'une commission lancée en juin 2025 par la ministre de la Défense Klaudia Tanner. Le rapport rendu le 20 janvier dernier s'est prononcé à une large majorité de neuf voix contre une en faveur de l'allongement du service. Son président, Erwin Hameseder, a estimé : « Il n'y a plus de délai de préparation. La mobilisation doit pouvoir avoir lieu en quelques jours. » Une position soutenue par le président Alexander Van der Bellen, qui a salué cette évolution « compte tenu de la situation géopolitique et afin d'améliorer la sécurité des soldats. »
Un parcours parlementaire incertain
La mise en œuvre de ces changements nécessite une adoption par le Parlement à la majorité des deux tiers. La coalition au pouvoir, composée de l'ÖVP, des libéraux de NEOS et des sociaux-démocrates du SPD, devra donc obtenir le soutien des Verts (opposition) ou du Parti de la Liberté (FPÖ, extrême droite), qui s'est déjà montré favorable à une extension du service militaire. L'Autriche reste l'un des rares pays européens à imposer un service obligatoire, tandis que des voisins comme l'Allemagne réfléchissent à le réintroduire. Cette réforme marque un tournant dans la politique de défense autrichienne, longtemps sous-financée et désormais prioritaire.



