À Villeneuve-Loubet, la mer avance et la tension monte. Par un arrêté préfectoral du 26 mars 2026, l'État a acté la nouvelle délimitation du domaine public maritime sur les secteurs des Maurettes et de Vaugrenier. Cette décision place désormais plusieurs établissements balnéaires, la moitié du parking des Maurettes et même la route du Bord-de-mer (RD6098) sur le domaine de l'État. Les occupants ont reçu des mises en demeure début juillet, leur laissant trois mois pour engager la démolition des ouvrages et résilier les baux commerciaux, avec une échéance fixée au début octobre.
Les restaurants concernés par la démolition
Sont notamment visés les restaurants The 716 Beach, Le Beach Klubber, Le Mombasa Beach et Raani, ainsi que l'enrochement du restaurant La Cabane. La préfecture justifie cette décision par le recul du trait de côte, jugé « irréversible ». Selon les chiffres officiels, « la mer a grignoté 30 mètres de plage au cours des 40 dernières années ». Les données communales confirment la tendance : la surface concédée pour les plages est passée de 36 300 m² en 1982 à seulement 20 600 m² en décembre 2023, soit une perte de 15 700 m².
Le maire dénonce un « diktat »
Lionnel Luca, maire de Villeneuve-Loubet, ne décolère pas. Il qualifie la décision d'« arbitraire » et dénonce un « diktat ». « On ne peut pas décider ça du jour au lendemain », s'insurge-t-il, ajoutant que « l'État modifie les règles du jeu en cours de route pour des exploitants titulaires de baux commerciaux, sans véritable concertation ni indemnisation prévue ». Le conseil municipal a voté à l'unanimité contre ce redécoupage.
La préfecture se défend
Les services préfectoraux rétorquent que « les exploitants et les propriétaires ont été informés dès juillet 2025 de la procédure et ont pu prendre connaissance des éléments les concernant dans le cadre de la participation du public par voie électronique ». L'État souligne que l'emprise du domaine public maritime est le résultat naturel de l'action des flots, intégrant mécaniquement des propriétés privées.
Conséquences pour les infrastructures communales
La commune s'inquiète pour ses propres équipements : le redécoupage ampute la moitié du parking des Maurettes et bloque toute possibilité de travaux de protection. « L'État nous empêche de conforter le parking des Maurettes, de le protéger, qu'il dure au moins encore quelque temps », fustige Lionnel Luca, y voyant « un accélérateur de la destruction de la vie le long du littoral ». La mairie regrette aussi l'abandon de solutions alternatives comme l'expérimentation « Rebamb », un atténuateur de houle en bambou.
Des recours en justice annoncés
Les restaurateurs menacés devraient intenter des recours en justice, sans commenter davantage pour l'instant. Lionnel Luca a annoncé qu'après un recours gracieux resté lettre morte, la commune est prête à lancer un « recours contentieux pour protéger son domaine communal ». La saison estivale devrait donc s'achever dans les prétoires du tribunal administratif, tandis que le bras de fer entre l'État et la municipalité ne fait que commencer.



