Le Premier ministre Sébastien Lecornu a été accueilli sous les huées lundi 17 août au Porge, commune la plus sinistrée par le mégafeu de Gironde fin juillet, alors qu'il venait lancer la "mission reconstruction" avec six ministres. Quelque 200 personnes vêtues de noir, rassemblées devant la mairie, ont hué et tapé des mains à l'approche de sa voiture, selon un journaliste de l'AFP.
Un mégafeu historique de 42 000 hectares
L'incendie, fixé le 1er août, a parcouru 42 000 hectares, devenant le plus grand en superficie en France depuis 1949. Les flammes se sont approchées à 15 km de la métropole bordelaise et ont provoqué l'évacuation de plus de 220 000 résidents et touristes. Selon le système européen de surveillance des feux (Effis), près de 100 000 hectares de forêt ont brûlé en France en 2026, un record en 20 ans de mesures satellitaires.
Au Porge, 183 maisons ont été détruites. Le Premier ministre a rencontré le maire, Martial Zaninetti, et des membres d'un collectif d'habitants, ainsi que des pompiers dont les représentants syndicaux ont appelé à une mobilisation fin septembre. Il a ensuite participé à une table ronde de trois heures avec les "élus locaux et les acteurs de la reconstruction" à Mérignac, près de Bordeaux.
La "mission reconstruction" et ses membres
Six ministres accompagnent Sébastien Lecornu : Serge Papin (Économie et tourisme), Mathieu Lefèvre (Environnement et reforestation), Vincent Jeanbrun (Logement), Françoise Gatel (Collectivités), Annie Genevard (Agriculture et forêt) et Laurent Nuñez (Intérieur, sécurité civile). Cinq membres de la mission, dirigée par Anne Coret, préfète et inspectrice générale de l'Administration, et Antoine Grézaud, inspecteur général à l'Environnement et au Développement Durable, sont également présents.
Matignon assure que "la reconstruction sera accélérée, sans transiger sur la prévention et l'adaptation aux risques futurs", avec une "priorité" donnée aux sinistrés, suivis individuellement "pour le relogement puis la reconstruction", et que la "reconstruction de la forêt s'inscrira dans le temps long".
Les acteurs locaux réclament des moyens concrets
Bruno Lafon, président de la DFCI (Défense des forêts contre l'incendie) Aquitaine et maire de Biganos, a pesté : "On sait comment gérer notre forêt, on connaît nos besoins. Plutôt que d'organiser des commissions parlementaires ou d'envoyer des inspecteurs généraux, il faut d'abord nous aider à faire." Son association a érigé plus de 120 km de pare-feu en abattant des milliers de pins fin juillet. Il réclame "des facilitations de réglementation" et des "moyens" pour créer "bien en amont" des zones d'appui aux pompiers. "Il vaut mieux perdre 2 000 hectares en prévention, que 40 000 dans un incendie", dit-il.
Le maire du Porge, Martial Zaninetti, a imploré : "Faites-nous un plan Marshall." Les commerçants de la commune ont rédigé une lettre de doléances pour obtenir des exonérations de charges et des indemnisations de perte d'exploitation par les assurances.
Aide financière et mesures d'urgence
Un décret instituant une aide temporaire et exceptionnelle pour les entreprises de moins de 250 salariés affectées en Gironde, dans les Landes (feu de Biscarrosse, 3 700 hectares) et dans le Var (Gros Bessillon, 6 300 hectares) est entré en vigueur samedi. Matignon rappelle la prise en charge du chômage partiel pour les entreprises contraintes de fermer en raison des évacuations.
La mairie de Saumos a exhorté Emmanuel Macron à "écouter" les locaux "avant de décider". Le chef de l'État, qui doit recevoir lundi à Brégançon des maires varois touchés par le feu du Gros Bessillon, avait opposé aux critiques le fait d'avoir "quasiment doublé le budget de la sécurité civile" en dix ans, lors de sa visite à Bordeaux fin juillet.



