Depuis le début de l'année, les incendies ont ravagé 115 000 hectares en France, dont 42 000 hectares rien qu'en Gironde, selon le dernier bilan du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Ce triste record a relancé le débat sur les moyens aériens de lutte contre le feu, souvent jugés insuffisants par l'opposition. Sur les réseaux sociaux, une rumeur circule : un avion bombardier d'eau russe, le Beriev Be-200, serait interdit par l'Union européenne alors qu'il pourrait efficacement aider.
Une interdiction européenne liée aux sanctions contre la Russie
Les publications affirment que « l'Union Européenne aurait interdit à ces puissants hydravions russes d'éteindre les incendies ». Cette affirmation est partiellement vraie, mais trompeuse. En mars 2022, dans le cadre du troisième train de sanctions consécutif à l'invasion de l'Ukraine, l'Union européenne a révoqué toutes les certifications de navigabilité des avions russes, y compris celles du Beriev Be-200. Comme le confirme l'Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA), ces appareils ne peuvent plus voler dans l'espace aérien européen, et donc être utilisés pour des missions de lutte contre les incendies au sein de l'UE.
Les internautes qui partagent ces images omettent délibérément le contexte géopolitique. « Si les gouvernants français étaient moins débiles, la Russie aurait pu apporter une grande aide ! », peut-on lire dans une publication. En réalité, c'est bien l'agression russe en Ukraine qui a conduit à cette interdiction, et non une décision arbitraire de l'UE.
Des tests français non concluants en 2003 et 2011
Autre élément passé sous silence : le Beriev Be-200 a déjà été testé par la Sécurité civile française à deux reprises, sans succès. Une première fois en 2003, puis une seconde en 2011. Selon un article du Parisien de 2003, les pilotes avaient critiqué « le volume d'eau » que l'appareil pouvait embarquer, jugé insuffisant, et son inadaptation aux reliefs des « montagnes corses » ou du « massif des Maures ».
En 2011, un nouvel essai a eu lieu. Le Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) des Alpes-Maritimes avait alors indiqué sur son site : « Cet avion, alloué à la France pour une durée déterminée depuis le 29 juin 2011 et à hauteur de 50 heures de vol, a survolé il y a quelques jours les côtes des Alpes-Maritimes pour une opération de repérage. » Mais les résultats n'ont pas été meilleurs. Des sources proches du ministère de l'Intérieur ont confié à La Provence : « Nous n'avons pris aucun engagement ferme pour acheter un ou plusieurs avions de ce type. » Les critiques portaient notamment sur « sa consommation » excessive de carburant.
Des contraintes opérationnelles rédhibitoires
Les rapports détaillés de ces essais n'ont jamais été rendus publics, mais les articles de presse de l'époque indiquent que le Beriev Be-200 n'a pas su convaincre les pompiers français. En 2003, le volume d'eau embarqué était jugé trop faible pour les incendies de forêt dans le sud de la France. En 2011, la consommation de carburant posait problème, rendant l'appareil trop coûteux à utiliser sur de longues durées. Ces contraintes opérationnelles, ajoutées à la situation géopolitique actuelle, expliquent pourquoi cet hydravion n'est pas employé dans l'Hexagone.
Ainsi, la rumeur selon laquelle l'UE aurait « interdit » le Beriev Be-201 est trompeuse : elle masque à la fois le motif légitime des sanctions (l'agression russe) et les échecs des tests français. La France continue de lutter contre les incendies avec ses moyens aériens actuels, notamment les Canadairs et les Dash, en attendant des renforts européens.



