Après plusieurs jours de progression ininterrompue des flammes, l'incendie qui ravage la Gironde a connu une nuit de stabilité du dimanche 26 au lundi 27 juillet. La préfecture a indiqué que la situation est restée « globalement stable au cours de la nuit, sans évolution majeure à signaler », précisant que « les forces de sécurité et de secours demeurent pleinement mobilisées et poursuivent leurs missions sur le terrain ».
Un répit de courte durée avant le retour de la chaleur
Cette accalmie s'explique par une hausse de l'humidité et des précipitations localisées. Cependant, les secours restent prudents. Le feu n'est toujours pas fixé et aucun retour des 220 000 personnes évacuées n'est envisagé. La préfète de Gironde, Sophie Brocas, a déclaré que les évacués ne pourront regagner leur logement tant que le feu ne sera pas fixé. Elle a également invité les touristes à ne pas rejoindre le département et annoncé la suspension des activités de colonies de vacances.
Les pompiers profitent de cette fenêtre pour consolider les secteurs les plus sensibles avant un changement de météo annoncé dès mardi. Météo-France prévoit une nouvelle vague de chaleur sur le Sud-Ouest, avec des températures pouvant atteindre 40 °C et des vents moins forts mais plus secs, conditions favorables à une reprise des incendies. Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, a expliqué sur France Inter : « On a eu un sursis avec la pluie pendant cette nuit, ce qui nous permet aujourd’hui d’avoir une course contre-la-montre avant la hausse des températures. »
Bordeaux sous surveillance renforcée
L'incendie, déclenché mercredi à Saumos, a parcouru 42 000 hectares. Après avoir menacé la presqu'île du Cap-Ferret et le bassin d'Arcachon, il se situe désormais à une quinzaine de kilomètres de Bordeaux, au niveau de Martignas-sur-Jalle. Les autorités excluent pour l'instant toute évacuation de la métropole. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a assuré sur France Info : « L’évacuation de Bordeaux n’est pas à l’ordre du jour à l’heure où l’on se parle », tout en insistant sur le caractère « exceptionnel » et « imprévisible » de l'incendie.
La métropole subit déjà les conséquences du sinistre : un voile de fumée orangé recouvre une partie du ciel bordelais et une odeur de brûlé est perceptible. Atmo Nouvelle-Aquitaine a classé une grande partie de la région au niveau « événement », avec une qualité de l'air exceptionnellement dégradée. L'alerte rouge aux particules fines a été étendue à onze départements.
Un lourd bilan humain et matériel
Depuis le début de l'incendie, 220 000 personnes ont été évacuées en Gironde et 240 habitations détruites, dont environ 170 sur la seule commune du Porge. Aucune victime civile n'est à déplorer, mais 84 sapeurs-pompiers ont été blessés, dont dix évacués. Les transports sont également perturbés : l'autoroute A63 reste fermée sur une partie de son parcours, et la circulation ferroviaire est interrompue au départ de Bordeaux vers Arcachon, Hendaye et Tarbes. La SNCF a prolongé jusqu'à vendredi les échanges et remboursements sans frais.
Pour prévenir les actes de malveillance, des militaires de l'opération Sentinelle ont été déployés dans plusieurs communes évacuées. Un centre d'accueil temporaire a été ouvert à Aussonne, près de Toulouse, pour accueillir les personnes sinistrées les plus vulnérables.
Une mobilisation nationale qui s'annonce durable
L'exécutif reste mobilisé : Emmanuel Macron préside ce lundi 27 juillet une nouvelle cellule interministérielle de crise au ministère de l'Intérieur, avant des réunions sur les conséquences économiques et énergétiques. Sur le terrain, 2 500 sapeurs-pompiers, 1 500 militaires et 1 200 policiers et gendarmes sont mobilisés en Gironde. Mais les ressources sont tendues. Éric Brocardi a souligné : « Aujourd’hui, le calcul est différent. Les sapeurs-pompiers du Nord ne peuvent pas tous descendre comme auparavant dans le Sud, parce qu’il y a un risque aussi prégnant dans le nord de la France. »
Le lieutenant-colonel David Annotel, sur France Info, estime que l'incendie « va durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois avant de pouvoir passer le message final de feu éteint ». Au-delà de la Gironde, d'autres incendies restent actifs, notamment dans les Landes et le Var. Selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, 115 000 hectares ont déjà été parcourus par les flammes depuis le début de l'année en France, un niveau « exceptionnel », avec 30 à 40 incendies combattus simultanément chaque jour.



