Pendant dix-huit jours, du 21 juillet au 7 août, l'incendie du Gros Bessillon a ravagé plus de 6 300 hectares dans le Var, mobilisant 6 800 pompiers venus de toute la France. Trois photographes de Var-matin, Luc Boutria, Florian Escoffier et Cyril Hiély, se sont relayés sur le terrain pour couvrir ce sinistre. Ils livrent aujourd'hui des images restées dans leurs boîtiers, qui racontent le drame humain et l'héroïsme des soldats du feu.
Le premier jour, l'attente et les ordres
Le 21 juillet, Florian Escoffier est en première ligne. Alors que les médias sont encore peu nombreux, il se rapproche de quatre pompiers au milieu des vignes. « Celui-ci est au milieu des vignes, on a l'impression qu'il attend les ordres tandis qu'à l'arrière on voit la forêt déjà brûlée et on devine les fumées. À peine neuf minutes plus tard, il sera entouré par les flammes, alors que la ligne de feu semblait lointaine », raconte-t-il. Une expérience qui témoigne de la virulence de l'incendie.
Trois jours plus tard, le 24 juillet, de nouveaux foyers se déclarent, dont un provoqué par un homme de 23 ans qui a avoué les faits. Le Sdis organise désormais des « tours presse » pour les journalistes. Florian Escoffier est le seul photographe embarqué ce matin-là. « J'étais à la fois libre et en immersion avec une colonne de pompiers. Ici, on voit clairement le chef d'équipe qui donne ses ordres », explique-t-il.
Les ravages et l'angoisse des sinistrés
Le feu est déclaré fixé le 28 juillet, mais le lendemain, Cyril Hiély se rend à Cotignac où près de trente maisons ont subi les assauts des flammes, dont dix ont été détruites. Il y rencontre Stan Kubla et son épouse Wendy, qui ont tout perdu en quelques heures. « Ils avaient fait le débroussaillement, effectué beaucoup de travaux depuis de nombreuses années pour aménager des lodges et ils ont tout perdu. Ils nous ont montré des photos de ce qu'ils voulaient faire : c'était paradisiaque. Mais lorsqu'il a fallu nous montrer les dégâts, elle n'a pas pu venir, tant elle était sous le choc », se souvient le photographe.
Le 31 juillet, le feu reprend avec virulence, sans doute de façon non naturelle. Les autorités ordonnent l'évacuation de près de 2 500 personnes. Luc Boutria se retrouve coincé à Correns, où les routes sont fermées. « Autour de moi, les gens ont dû quitter leurs maisons. Ils sont dans l'attente de voir si le feu va passer la crête, si leurs habitations vont être épargnées. C'est le cas de ce couple. L'inquiétude de tous est palpable », décrit-il.
Le courage des pilotes et la résilience de la nature
Le même soir, Luc Boutria immortalise deux hélicoptères bombardiers d'eau. « Vu en vrai, c'est incroyable. On voit ces engins qui ont l'air tout petits, avec leurs tout petits jets et qui, pourtant, rentrent dans les fumées alors qu'on n'y voit rien : il y a quelque chose de David contre Goliath », s'enthousiasme-t-il.
Cyril Hiély, le 3 août à Correns, constate que les vignes, autrefois coupe-feu, ne le sont plus. « Maintenant, le feu est si virulent et les conditions climatiques tellement défavorables que les flammes arrivent à passer », s'étonne-t-il. Le même jour, il photographie un régisseur de domaine dans la forêt calcinée, un contraste saisissant entre sa tenue colorée et le paysage noir. « Il avait déjà connu le feu dix ans auparavant et la bâtisse du domaine avait été endommagée », note-t-il.
Enfin, le 6 août, Florian Escoffier survole les zones détruites à bord du Dragon 83, l'hélicoptère de la Sécurité civile. Il est frappé par une tache verte au milieu des cendres. « Elle m'est apparue comme une note d'espoir, preuve que la forêt s'est battue pour rester en vie. Et repartir de plus belle », conclut-il. Une semaine après que le feu a été fixé, ces images témoignent de l'ampleur du sinistre et de la résilience des hommes et de la nature.



