« On s'est sentis complètement abandonnés », confie Marie Durand, habitante du Porge, dont la maison a été réduite en cendres lors de l'incendie qui a frappé la commune girondine fin juillet. Avec une trentaine d'autres résidents, elle a déposé une plainte contre l'État pour « mise en danger de la vie d'autrui » et « abstention volontaire de combattre un sinistre ».
Un incendie dévastateur
Le feu, parti le 28 juillet 2026, a parcouru plus de 1 200 hectares de forêt et de landes, détruisant 15 habitations et endommageant gravement une vingtaine d'autres. Les pompiers, bien que mobilisés en nombre, n'ont pu empêcher la progression des flammes en raison de vents violents et d'une sécheresse exceptionnelle. « Nous avons appelé les secours dès les premières fumées, mais les moyens aériens n'ont été déployés que tardivement », explique Jean-Pierre Lefèvre, président de l'association des sinistrés du Porge.
Une action en justice collective
Les plaignants reprochent aux autorités un manque de prévention et de réactivité. Selon leur avocat, Me Antoine Roussel, « l'État a sous-estimé le risque incendie dans cette zone pourtant classée à risque. Les coupe-feux n'étaient pas entretenus et les moyens de surveillance insuffisants. » La plainte vise également la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) pour négligence dans la gestion forestière.
Les sinistrés demandent la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, toujours pas déclaré seize jours après le sinistre. « Sans cette reconnaissance, les assurances tardent à indemniser, et nous sommes dans l'incertitude », déplore Marie Durand. Une pétition en ligne a déjà recueilli plus de 8 000 signatures.
Des précédents dans la région
Cet incendie rappelle ceux de 2022 en Gironde, qui avaient brûlé plus de 20 000 hectares. À l'époque, des actions en justice avaient été intentées sans succès. Mais cette fois, les habitants espèrent une issue différente grâce à une mobilisation plus large et à des preuves documentées de négligence. Selon un rapport du Sénat de 2023, le manque d'entretien des forêts est un facteur aggravant dans 40 % des incendies en France.
Contacté par Libération, le ministère de l'Intérieur n'a pas souhaité commenter une procédure en cours. La préfecture de la Gironde indique que « les opérations de sécurisation sont en cours et que des experts examinent la gestion de l'incendie ».
L'avenir incertain pour les sinistrés
En attendant, les familles logent chez des proches ou dans des hébergements d'urgence. « Nous avons tout perdu. Nous voulons que justice soit faite pour que cela ne se reproduise plus », conclut Jean-Pierre Lefèvre.



