Les incendies qui ravagent la Gironde et les Landes depuis plusieurs jours ont été officiellement reconnus comme « sinistres de grande ampleur » par les autorités, une décision qui permet de débloquer des procédures d'indemnisation accélérées pour les sinistrés. Parallèlement, Météo-France a placé le Var en vigilance rouge pour la journée de jeudi, avec un risque d'incendie « très élevé » sur le littoral méditerranéen.
Cette reconnaissance, annoncée mercredi soir par le ministère de l'Intérieur, intervient alors que les pompiers luttent toujours contre plusieurs foyers actifs dans le sud-ouest. Selon la préfecture de Gironde, environ 12 000 hectares ont déjà brûlé dans le département, et plus de 8 000 dans les Landes. Les évacuations ont concerné près de 14 000 personnes sur l'ensemble de la zone, dont 5 000 rien que dans le secteur de La Teste-de-Buch, près de la dune du Pilat.
Une mobilisation exceptionnelle des moyens aériens
Pour faire face à ces incendies, la sécurité civile a déployé des moyens considérables : six Canadair, trois Dash, deux hélicoptères bombardiers d'eau et un avion de reconnaissance. Ces appareils ont effectué plus de 200 rotations dans la journée de mercredi, larguant au total près de 1,5 million de litres de retardant et d'eau. Les renforts nationaux ont également été mobilisés, avec l'arrivée de 500 pompiers supplémentaires venus de toute la France, portant à près de 2 000 le nombre de sapeurs-pompiers engagés sur le front.
« La situation reste très difficile, mais les moyens sont là. Nous avons réussi à protéger les zones habitées, même si plusieurs maisons ont été endommagées, notamment dans le secteur de Belin-Béliet », a déclaré le lieutenant-colonel Jean-Marc Piget, porte-parole des pompiers de Gironde. Selon lui, les conditions météorologiques de jeudi seront déterminantes : des rafales de vent de 60 à 80 km/h sont attendues, avec un taux d'humidité très bas, ce qui favorise la propagation des flammes.
Le Var placé en vigilance rouge
Dans le Var, la vigilance rouge a été déclenchée pour la journée de jeudi, une mesure rare qui implique des restrictions sévères : l'accès aux massifs forestiers est interdit, les travaux à risque sont suspendus, et les routes forestières sont fermées à la circulation. La préfecture du Var a également demandé aux habitants de reporter toute activité en extérieur dans les zones boisées. Le risque d'incendie est jugé « très élevé » en raison de la sécheresse persistante et du mistral qui doit souffler fort dans l'après-midi.
« Nous avons connu un mois de juillet particulièrement sec, avec un déficit de pluie de 70 % par rapport à la normale. La végétation est très inflammable, et il suffit d'une étincelle pour déclencher un feu qui peut se propager très vite », a indiqué le colonel Éric Masson, directeur adjoint du service départemental d'incendie et de secours du Var. Les autorités appellent à la plus grande prudence et rappellent que 9 feux sur 10 sont d'origine humaine, qu'ils soient accidentels ou criminels.
Un dispositif d'indemnisation accéléré
La reconnaissance de l'état de sinistre de grande ampleur, prévue par le code de la sécurité intérieure, permet de simplifier les démarches pour les victimes. Les compagnies d'assurance ont l'obligation d'indemniser les biens endommagés dans un délai de trois mois, contre six mois habituellement. Une cellule d'information et d'aide aux sinistrés a été ouverte dans chaque département concerné, et un numéro vert a été mis en place pour répondre aux questions des habitants.
« L'État sera aux côtés des communes et des sinistrés. Nous allons tout mettre en œuvre pour que les procédures soient rapides et que personne ne soit laissé de côté », a déclaré le préfet de Gironde, Étienne Guyot. Les premières évaluations des dégâts font état de plusieurs centaines de bâtiments endommagés, dont environ 80 maisons d'habitation, ainsi que des infrastructures touristiques et agricoles. Le bilan humain est pour l'instant heureusement limité à quelques blessés légers parmi les pompiers.
Un été sous haute tension
Ces incendies s'inscrivent dans un contexte estival particulièrement difficile dans le sud de la France. Selon le ministère de la Transition écologique, plus de 35 000 hectares ont brûlé depuis le début de l'année dans le pays, soit déjà le double de la moyenne annuelle des vingt dernières années. La sécheresse des sols, qui touche une grande partie du territoire, et les vagues de chaleur successives ont créé des conditions propices aux feux de forêt.
Les scientifiques rappellent que le changement climatique augmente la fréquence et l'intensité de ces phénomènes. « Nous assistons à une multiplication des feux extrêmes, comme ceux que nous voyons en Gironde ou dans les Landes. C'est une conséquence directe du réchauffement global », explique le climatologue François Gemenne. Pour les pompiers, cette saison s'annonce comme l'une des plus éprouvantes de ces dernières décennies, et les autorités appellent à la plus grande vigilance dans les prochains jours.



