Feux extrêmes en Gironde : quelles technologies pour les anticiper ?
Feux extrêmes en Gironde : quelles technologies ?

Un incendie « inarrêtable », « incontrôlable », « immaîtrisable » malgré la mobilisation de Dash, de Canadair, de moyens au sol ou de constructions de pare-feu. Voilà les mots employés par les sapeurs-pompiers pour qualifier la lutte contre l’incendie en Gironde, pas encore fixé, et qui a dévoré plus de 42 000 hectares depuis le 22 juillet. N’existe-t-il donc aucun moyen de stopper ces feux extrêmes ?

« Il n’y a pas de technique miracle pour les arrêter, répond d’emblée Jean-Louis Rossi, chercheur spécialisé sur les feux de forêt à l’université de Corse. Le meilleur remède, c’est de faire en sorte qu’ils n’apparaissent pas. » Ces feux extrêmes ou incontrôlables « représentent entre 2 et 5 % de tous les feux sur la planète », précise le chercheur, leur proportion augmente en raison du réchauffement climatique.

L’échelle de Byram pour mesurer l’intensité du feu

C’est lorsque le feu atteint une certaine intensité qu’il ne peut plus être maîtrisé. L’échelle de Byram permet de mesurer l’énergie libérée par mètre de front de feu et par seconde. « Un front de feu présentant une intensité de 10 MW par mètre et s’étendant sur 150 m développe une puissance d’environ 1 500 MW, soit l’équivalent d’une centrale nucléaire, explique le chercheur. Face à une telle énergie, on comprend que les largages d’eau d’un Canadair, bien qu’indispensables, ne peuvent pas à eux seuls arrêter un tel incendie. A 7 ou 8 MW par mètre, le feu ne peut pas être arrêté, mais il est encore possible de l’attaquer par les flancs. »

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La dynamique du feu, c’est-à-dire ce qui est nécessaire pour que le feu aille plus vite et dégage de la chaleur, est alimentée par trois facteurs. « Un feu est beaucoup plus puissant s’il est en pente ; ensuite s’il brûle du combustible – et plus le combustible est sec, plus il dégage de l’énergie ; et le troisième facteur, c’est le vent », détaille Jean-Louis Rossi.

En Gironde, le feu traverse des territoires où le combustible – la forêt de pins maritimes – est « homogène, en verticalité et de façon horizontale, précise-t-il. Il y a, de façon continue, beaucoup de combustible très sec en raison des vagues de chaleur et de la sécheresse ». Les conditions météo, comme l’arrêt du vent, plus d’humidité, ou un retour de la pluie, sont des facteurs déterminants qui offrent une accalmie en Gironde, malgré des reprises de feu.

Trois satellites lancés dans l’Espace

La meilleure façon d’arrêter un feu incontrôlable reste donc de prévenir son apparition. Satellites, drones, capteurs ou simulateurs de propagation : aux États-Unis ou au Canada, les investissements ont lieu dans ces technologies de pointe. En Californie, le gouverneur Gavin Newsom a récemment communiqué sur de nouveaux moyens mis en place. En partenariat avec une coalition à but non lucratif, la Earth Fire Alliance, l’État a lancé le 7 juillet les trois premiers satellites FireSat, dédiés à la détection de feu. D’ici à 2030, 50 de ces satellites devraient permettre, en couvrant l’ensemble de la planète toutes les 20 minutes, de « repérer des incendies aussi petits qu’une cour d’école avant qu’ils ne se transforment en méga-incendies », indique un communiqué du gouverneur.

Du côté de l’intelligence artificielle, des drones guidés par IA sont testés dans des conditions de faible visibilité pour permettre l’acheminement de ravitaillements sur le terrain lors d’opérations de lutte contre les incendies, afin d’éviter de mettre en danger des humains. Depuis 2023, la Californie a aussi développé, avec l’université de San Diego, un réseau de 1 000 caméras dotées d’intelligence artificielle pour détecter et surveiller au plus vite les feux de forêt. « Plus de 900 incendies ont été détectés sur des terres appartenant à l’État avant même que des appels au 911 ne soient passés », se félicite la Californie.

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Au Canada aussi, le gouvernement mise sur l’intelligence artificielle. Plus de 2,2 millions de dollars sont investis cette année dans un projet de recherche interuniversitaire. En s’appuyant sur la technologie LIDAR, qui utilise des impulsions laser pour créer des cartes 3D précises, des modèles sont développés, combinés au « pouvoir prédictif » de l’IA, pour mieux anticiper et gérer les feux de forêt, expliquent les scientifiques à Radio-Canada.

Des drones pour détecter les points chauds

Mais l’Union européenne ou la France ne sont pas en reste. Un partenariat entre l’université de Corse et le CNRS a développé l’outil Argos. Des drones sont équipés de surveillance thermique pour géolocaliser plus rapidement les points chauds, là où un feu peut reprendre à partir des braises. Grâce aux données satellites, le programme Copernicus fournit des informations en temps quasi réel sur les feux de forêts et leur régime en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Ces technologies sont là pour réduire le nombre de départs de feu et tenter d’empêcher qu’il n’atteigne ce fameux seuil limite. Pour Jean-Louis Rossi, « tout dispositif permettant de détecter précocement un départ de feu, suivre son évolution en temps réel et ensuite détecter des points chauds constitue potentiellement un atout pour la lutte contre les incendies. Les initiatives américaines, comme FireSat, sont donc intéressantes et contribuent à faire progresser les capacités de détection et de suivi des incendies. »

Anticiper dès l’aménagement du territoire

Mais ces outils doivent aussi faire leurs preuves sur le terrain et être adoptés par les services de secours, complète-t-il. Le but à l’avenir serait d’éviter qu’il y ait plusieurs feux de forte intensité, comme en Gironde ou dans le Var en France. « Là, les moyens de lutte sont obligés de se subdiviser pour attaquer les incendies », regrette le chercheur.

Pour lui, l’anticipation doit arriver encore plus en amont, en faisant de la prévention auprès des populations et en repensant notre façon d’habiter. « Le changement climatique augmente le danger d’incendies et notre comportement augmente les risques. Il faut mettre le risque feu dans les contraintes de l’aménagement du territoire, comme cela a été fait pour les tremblements de terre ou les inondations », estime Jean-Louis Rossi. Cette approche intégrée, combinée aux innovations technologiques, constitue selon lui la voie la plus prometteuse pour faire face à l’intensification des mégafeux à l’heure du réchauffement climatique.