Sommés de quitter leur maison, les habitants des villages espagnols menacés par les flammes n'ont eu que quelques minutes pour prendre des affaires. La plupart des animaux domestiques ont dû rester sur place et certains n'ont pas eu le temps de prendre leurs médicaments.
« Je ne savais pas quoi prendre »
« Tout le monde devait fuir le village rapidement, c'était une situation critique et les gens avaient peur », raconte à l'AFP Olga Congacha, 50 ans, rencontrée sur une autoroute où la police a fermé l'accès à sa commune, Robledo de Chavela. « Mon mari et moi sommes partis avec tout ce que nous pouvions prendre, les documents importants et quelques vêtements ».
Les forces de l'ordre l'ont laissée retourner brièvement chez elle samedi pour récupérer des médicaments dont elle a besoin pour une opération chirurgicale. Elle a retrouvé sa maison recouverte de cendres.
Un incendie historique
Les incendies dans le centre de l'Espagne ont ravagé des dizaines de milliers d'hectares. La ministre de la transition écologique, Sara Aagesen, a déclaré que l'incendie d'Ávila, près de Madrid, était « le plus important feu de forêt » de l'histoire récente de l'Espagne. Le feu a déjà brûlé 29 000 hectares dans la province de Guadalajara.
Souvenirs sur disque dur
Roberto Velasco, 84 ans, a pris avec lui une petite valise et un disque dur contenant des copies de vieilles lettres de familles et des souvenirs de ses ancêtres chiliens. « Je ne savais pas quoi prendre. J'ai pensé que toute ma maison allait brûler », raconte-t-il à l'AFP dans un centre d'évacuation improvisé dans un gymnase au nord de Madrid, après avoir fui son village, Navalagamella.
« Au début, je pensais que je prendrais un peu de musique et des livres », raconte-t-il, assis, l'air fatigué, sur un lit de camp, vêtu d'un T-shirt gris sale. « Mais je n'ai apporté que le disque dur et quelques vêtements. Je n'ai même pas pris une serviette ».
Le canari « Pavarotti »
Dans un autre centre d'évacuation à Villamanta, à l'ouest de Madrid, Jose Luis, 81 ans, a la tête penchée sur l'écran de son téléphone. Il regarde les images filmées par les caméras qu'il a installées autour de sa maison : désormais, le ciel est bleu et le tuyau d'arrosage déroulé dans le jardin est là où il l'a laissé.
Une fois l'alerte d'évacuation reçue sur leur téléphone, sa femme et lui ont fui en quelques minutes leur village d'Aldea del Fresno. Ils n'ont quasiment rien emporté. Plus tard, la police les a laissés retourner chez eux, pour une demi-heure, le temps de récupérer des médicaments. Sa femme en a profité pour laisser une double ration de nourriture à leur canari, Pavarotti. « Il a la voix d'un ange », dit José Luis. « Quand vous lui mettez de la musique, il ne s'arrête pas de chanter ». José Luis a, lui, arrosé les plantes et attrapé son rasoir électrique. Comme d'autres évacués, il a demandé à ce que son nom de famille ne soit pas mentionné.
Les chats « sauvages »
Rosa, 56 ans, a refusé de laisser derrière elle deux chats qu'elle avait recueillis à Robledo de Chavela. « Ils sont sauvages, on ne peut pas les attraper sans filet », explique-t-elle. « J'ai appelé le service de protection des animaux mais ils n'ont pas été autorisés à entrer dans le village ».
La police l'a finalement forcée à quitter son domicile. Elle a été l'une des dernières à sortir du village alors que les flammes s'en rapprochaient. « Ils m'ont en quelque sorte trompée, m'assurant qu'ils allaient prendre les chats, alors j'ai dit ok. Mais bien entendu, ils n'avaient aucune intention de prendre les chats. Ils sont venus pour moi », raconte-t-elle. Elle assure que « les chats vont bien ». « Ils sont dans la maison et ont de quoi manger. Je leur ai laissé tout ce qu'il faut. Le seul problème, c'est que le sol va être sale ».
Un t-shirt « sale »
Margarita, 70 ans, se repose dans le gymnase de Villamanta, et montre les taches sur son t-shirt, celui qu'elle porte depuis quatre jours. Elle est tombée dans le centre d'évacuation et une de ses chevilles est enflée. Mais elle assure qu'avec sa fille Helena, âgée de 45 ans, on s'occupe bien d'elles, qu'elles mangent correctement et qu'on leur donne du paracétamol quand elles en ont besoin.
Le roi Felipe VI et la reine Letizia d'Espagne sont venus leur rendre visite, ainsi qu'aux autres évacués d'Aldea del Fresno, dimanche. « La reine est venue nous dire bonjour et je portais ce truc sale », soupire Margarita. Helena explique à son tour : « Nous sommes parties avec les seuls vêtements que nous avions sur le dos. Nous pensions retourner chez nous le lendemain ».



