L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) a franchi ce lundi 17 août le cap des 2 325 morts en trois mois, devenant la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays. Selon le dernier bilan des autorités congolaises, 4 945 cas confirmés ont été recensés depuis la déclaration de la 17e épidémie, le 15 mai. Ce chiffre dépasse les 2 299 décès de l’épidémie de 2018-2020, qui était jusqu’alors considérée comme la plus grave de l’histoire du pays, d’après les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Un virus qui tue toutes les 30 minutes
Le variant Bundibugyo, responsable de cette flambée, ne dispose d’aucun vaccin ni traitement spécifique. Selon le chef des affaires humanitaires de l’ONU, l’épidémie « est la plus rapide jamais enregistrée » et « tue une personne toutes les 30 minutes ». Les régions du nord et de l’est de la RDC, où la présence de l’État est fragile et les infrastructures de santé démunies, sont particulièrement touchées, avec une riposte dépassée par l’explosion des cas.
En trois mois, la RDC a enregistré sept fois plus de cas et cinq fois plus de morts que lors des trois premiers mois de la plus grande épidémie d’Ebola de l’histoire, celle qui a frappé l’Afrique de l’Ouest en 2014, selon l’agence de santé de l’Union africaine (Africa CDC). La flambée s’est étendue à six provinces de ce vaste pays de plus de 100 millions d’habitants, où les flux de population échappent largement à la surveillance.
Un épicentre à Bunia, une riposte critiquée
La ville de Bunia, capitale de l’Ituri, concentre près de 90 % des contaminations depuis mi-mai. Malgré l’urgence, les mesures barrières restent peu visibles : la mairie a ordonné aux commerçants d’installer des kits de lavage des mains, mais les clients continuent de se presser dans les marchés, selon un correspondant de l’AFP. La riposte est critiquée pour sa lenteur et son manque d’organisation, malgré la mobilisation des organisations internationales.
Le taux de suivi des cas contacts, annoncé à plus de 80 % par les autorités congolaises, « ne reflète pas la réalité », selon l’Africa CDC. Ce chiffre ne correspond qu’aux contacts déjà identifiés, qui ne représenteraient que 12 % des cas contacts de malades confirmés. La surveillance communautaire « ne fonctionne pas », a estimé l’organisation, qui plaide pour une « coordination solide » et une « gestion financière transparente ».
Un financement insuffisant et des soignants en danger
Le plan commun de préparation et de riposte lancé début juin par l’Africa CDC et l’OMS nécessite 518 millions de dollars (448 millions d’euros). Mercredi, l’OMS a alerté que seuls 264 millions de dollars (228 millions d’euros) ont été mobilisés. Le Conseil international des infirmières (CII), la plus importante organisation représentant la profession, a appelé vendredi les autorités congolaises à rémunérer et protéger d’urgence les soignants.
L’Ouganda, pays voisin, a enregistré 20 contaminations confirmées dont deux décès, et a annoncé mi-juillet ne plus compter aucun malade contaminé. L’OMS espère inverser la tendance à la hausse de l’épidémie d’ici trois mois. Ebola, qui se transmet par contact avec les fluides corporels et provoque une fièvre hémorragique, a tué plus de 15 000 personnes en Afrique au cours des 50 dernières années. Plusieurs vaccins sont à l’essai contre la souche actuelle.



