Les 23 et 24 août 1969, des incendies dévastateurs ont ravagé l'ouest des Alpes-Maritimes, brûlant 3 200 hectares de forêt en moins de 30 heures. Les communes de Valbonne, Biot, Cannes, Mouans-Sartoux et Villeneuve-Loubet ont été particulièrement touchées, avec des habitations détruites, des routes coupées et l'autoroute fermée. Cet événement a marqué un tournant décisif dans la lutte contre les incendies dans la région, notamment avec le premier déploiement opérationnel des Canadairs CL 215.
Un week-end de panique et de désolation aux portes de Sophia Antipolis
L'été 1969 fut exceptionnellement chaud et sec dans les Alpes-Maritimes. Le Service départemental d'incendie et de secours (Sdis 06) relate dans une chronique historique que la végétation, desséchée, n'attendait qu'une étincelle pour s'embraser. Le samedi 23 août, au matin, un feu parti du quartier des Gounelles à Valbonne, poussé par un vent de 40 à 50 km/h, s'étend rapidement vers l'ouest, le nord et surtout l'est, en direction de Biot. Les températures avoisinent 30 °C et l'humidité chute sous les 25 %, créant des conditions idéales pour la propagation des flammes.
Dès le début de l'après-midi, le brasier devient incontrôlable. Selon le récit du Sdis 06, le feu atteint les Clausonnes à 15 h 00 et touche la chapelle Saint-Julien peu après 16 h 00, après avoir coupé la route départementale 4. Les flammes, hautes de 5 à 6 mètres, menacent directement les résidences. Le colonel des pompiers estime alors la situation grave dans le secteur biotois, principalement au quartier des Clausonnes. Les dégâts sont considérables : une dizaine d'habitations, un camping, des serres horticoles, des hangars, des véhicules et du matériel sont consumés. Une auto-pompe est carbonisée, des secteurs entiers de cultures florales, dont de grands espaces de mimosa, sont dévastés.
L'évacuation se transforme en exode routier
Face à l'ampleur du sinistre, les routes sont fermées et l'autoroute est coupée. Quatre personnes sont légèrement blessées, et le front de flammes est estimé à 20 kilomètres. L'évacuation des habitants se transforme en un véritable « exode routier » paniqué. Dans leur édition du dimanche 24 août 1969, les journalistes de Nice-Matin rapportent que 110 hommes tenaient les points jugés particulièrement critiques. Des volontaires antibois et des équipes de la Croix-Rouge de cette ville ont participé à la lutte contre le feu.
Deux chiens, appartenant à la baronne Van der Helst, sont retrouvés morts noircis. Les témoignages des pompiers de l'époque, recueillis en 2022, décrivent des conditions de combat extrêmement difficiles. Lucien Mari et Christian Ruggeri, qui ont lutté contre cet incendie, racontent : « C'était difficile à cette époque : on n'avait pas d'eau. À notre disposition il n'y avait que les 3 000 litres des camions. » Et d'ajouter : « C'était un vrai travail de Romain… »
Des renforts massifs et l'arrivée des Canadairs
Le dimanche, 130 hommes et 25 véhicules du détachement de lutte contre les incendies de forêt de la protection civile, arrivés de Brignoles, relèvent les sapeurs-pompiers épuisés. Le préfet de l'époque, René-Georges Thomas, assure avoir « demandé et obtenu un renfort de troupes auprès de la région militaire ainsi que des éléments des services d'incendie du Var et de Vaucluse », comptant aussi sur une aide éventuelle venue de Paris et la mise en alerte des casernes du Gers et de la Loire. La nuit a été rude : après une brève accalmie, à 1 h 20, le feu menace, et il faut intervenir en force aux Bouillides, à Valbonne, où de nouvelles poussées du sinistre se manifestent encore à 5 h 00 et 6 h 00.
C'est dans ce contexte que deux Canadairs CL 215, alors en pleine phase d'expérimentation en France, sont déployés pour la toute première fois dans la région. Ces nouveaux avions amphibies, qui vont « faire des merveilles », secondent et remplaceront les vieux « Catalina » de 4 000 litres, qui signent avec ces incendies leurs dernières années de service. Avec le concours des forces terrestres, ils iront au bout des flammes, initiant un véritable tournant pour les soldats du feu.
Un bilan lourd et des conséquences durables
Au total, 3 200 hectares partent en fumée en moins de 30 heures, dont 2 700 dans le « triangle du feu » de Biot-Valbonne-Villeneuve-Loubet. En parallèle, d'autres zones s'embrasent, notamment à Mouans-Sartoux et à Cannes, à la Croix-des-Gardes. Cet événement a profondément marqué les esprits et a conduit à une prise de conscience collective. En 1970, un Plan d'accroissement des moyens sur 3 ans est voté : la création de 12 centres s'accompagne du recrutement de 44 pompiers professionnels et 240 volontaires. Le département renforce aussi son dispositif de prévention avec la création d'un poste de guet à Mouans-Sartoux, la mise en place de trois patrouilles mixtes (forestiers-pompiers), la sécurisation des décharges et la consolidation des 65 points d'eau. Ces mesures ont jeté les bases de la lutte moderne contre les incendies dans les Alpes-Maritimes, une région désormais mieux préparée face aux feux de forêt.



