Rougeole : les États-Unis pourraient perdre leur statut de pays exempt
Rougeole : les États-Unis pourraient perdre leur statut

Les États-Unis pourraient perdre leur statut de pays exempt de rougeole, selon une analyse de la situation épidémiologique. Depuis le début de l'année, 4 267 cas ont été recensés, un niveau jamais atteint depuis 1991, et deux fois plus qu'en 2025, alors que les autorités sanitaires alertaient déjà.

Une épidémie sans précédent depuis 1991

La maladie a fait six morts en Pennsylvanie, alors qu'il n'y en avait pas eu dans l'État depuis trente-cinq ans. L'État de New York a déclenché l'état d'urgence le lundi 5 octobre, afin « de renforcer nos efforts en cours contre cette maladie », a expliqué la gouverneure de l'État, Kathy Hochul.

Ce chiffre peut sembler moindre par rapport aux 350 millions d'habitants des États-Unis. Mais en raison de sa contagiosité très importante, les autorités sanitaires sont en alerte. La maladie peut se transmettre par la toux, les éternuements ou même par la respiration de l'air expiré par une personne atteinte.

La contagiosité de la rougeole en question

« Le virus reste actif et contagieux dans l'air ou sur les surfaces contaminées pendant une période allant jusqu'à deux heures. C'est ce qui rend la maladie si contagieuse, une personne atteinte de rougeole pouvant infecter jusqu'à 18 personnes », précise l'Organisation mondiale de la santé. Et cette maladie est mortelle.

Cette recrudescence des cas intervient juste avant la réunion de la Commission régionale de vérification (CRV), organisme indépendant d'experts en santé publique nommé par l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS), qui doit réexaminer les statuts des différents pays. Au mois de novembre, en marge de leur réunion annuelle, les experts du groupe « chargé de la vérification et la revérification de l'élimination de la rougeole, de la rubéole et du syndrome de rubéole congénitale », examineront notamment le cas des États-Unis, et ça n'augure rien de bon.

Des précédents au Canada et en Europe

Plusieurs pays ont déjà perdu ce label de l'Organisation mondiale de la santé par le biais de la décision de ses antennes continentales. Le Canada l'a perdu il y a un an, alors que l'épidémie a touché plus de 5 000 personnes en un an, dont deux nourrissons en Ontario et en Alberta, infectés par la rougeole in utero et décédés après leur naissance.

En Europe, en début d'année 2026, le Royaume-Uni, l'Espagne, mais aussi l'Arménie, l'Autriche, l'Azerbaïdjan et l'Ouzbékistan ont également perdu ce statut après une recrudescence des cas. « Des lacunes persistantes en matière d'immunité ont entraîné une résurgence de la rougeole et d'autres maladies évitables par la vaccination en 2024 », avait justifié Bhanu Bhatnagar, porte-parole de l'OMS Europe.

Les critères de l'OPS et la couverture vaccinale

L'Organisation panaméricaine de la santé (OPS) explique que « la transmission endémique de la rougeole est considérée comme rétablie lorsque des données épidémiologiques et de laboratoire indiquent l'existence d'une chaîne de transmission d'une souche virale maintenue sans interruption pendant au moins douze mois dans une zone géographique définie ».

L'OPS précise que la « période d'analyse permettant d'évaluer le possible rétablissement de la transmission endémique de la rougeole correspond à un an à compter du début des épidémies signalées : le 20 janvier 2025 aux États-Unis ». Mais pour ce statut d'exempt de la rougeole, les autorités sanitaires regardent également si la couverture vaccinale est suffisamment élevée. L'OMS considère qu'elle doit être supérieure à 95 % pour qu'elle soit suffisante pour contrôler la maladie extrêmement contagieuse. Et pour cause, selon l'organisation, « la vaccination antirougeoleuse a permis d'éviter près de 59 millions de décès entre 2000 et 2024 ».

Un autre critère est observé : s'il y a « une réponse efficace aux épidémies, incluant le déploiement rapide d'équipes formées et la mise en œuvre de stratégies de vaccination sélective ou de masse, en tenant compte de la situation épidémiologique ». Et sur ces deux précédents points, les États-Unis sont à la traîne.

Les discours antivaccins de Robert Kennedy Jr et Trump mis en cause

Les États-Unis font face à une baisse du taux de vaccination et les autorités y sont largement pour quelque chose. Le ministre de la Santé et Donald Trump tiennent, eux-mêmes, des propos antivaccins depuis leur retour à la Maison-Blanche. Robert Kennedy Jr a notamment semé les doutes sur la sûreté de ces vaccins, relayant des fausses informations, comme un prétendu lien entre l'autisme et le vaccin contre la rougeole. Le 5 janvier 2026, le ministre de la Santé va plus loin et efface six vaccins pédiatriques de la liste des recommandations au niveau fédéral.

Récemment, le gouverneur de Pennsylvanie, qui fait face à l'épidémie de rougeole, a notamment expliqué que « ses actions [celles de Kennedy] et la rhétorique de cette administration ont un impact négatif sur les communautés, notamment ici », ajoutant que « la diffusion de fausses informations a des conséquences bien réelles ».

Les autorités locales se sont donc mobilisées pour contrer ces mauvais messages envoyés depuis Washington, et la recrudescence des cas a provoqué une prise de conscience chez certains Américains. « Depuis le début de l'épidémie, nous avons constaté un intérêt accru pour le vaccin ROR », a déclaré Lindsay Pringle, responsable de la santé et du bien-être communautaires chez Penn Medicine Lancaster General Health, à ABC News. Et d'ajouter : « La sensibilisation du public à la rougeole et à ses complications potentielles s'est accrue durant cette période, ce qui peut influencer les décisions en matière de vaccination. » Cela est notamment passé par des vaccinations à domicile notamment dans des communautés rurales. Mais est-ce que cela suffira pour convaincre l'Organisation panaméricaine de la santé des efforts américains pour endiguer l'épidémie…

Un indicateur de solides performances en matière de santé publique

Au mois de mai, plusieurs chercheuses américaines s'étaient penchées sur la question de la conservation ou non du label de « pays exempt de la rougeole » par les États-Unis. À partir de l'analyse des cas détectés, de leur localisation et donc de la transmission de la maladie, elles avaient conclu : « Compte tenu du contexte épidémiologique actuel, il semble fort probable que les États-Unis perdent leur statut d'élimination de la rougeole en 2026. »

Il y a cinq mois elles notaient également : « Le renforcement des efforts de vaccination, la réduction des taux d'exemption et l'interruption de la transmission locale en cours seront essentiels pour inverser cette tendance. » Aujourd'hui, on est loin de l'interruption de cette transmission.

Finalement, si le pays perd effectivement son statut, il ne s'expose pas à une quelconque sanction et ne verra pas d'impact particulier au-delà de la propagation dramatique de cette maladie. Mais il s'agit « d'un indicateur de solides performances en matière de santé publique », notait Gavi, l'Alliance mondiale pour les vaccins et l'immunisation. Cela signifie que les lacunes du pays en matière d'immunité et de santé publique se sont creusées, permettant à la maladie de circuler à nouveau. Trump ayant ordonné le retrait des États-Unis de l'OMS dès son retour à la Maison-Blanche, il y a fort à parier qu'il n'en a que faire de cette décision, mais il s'agit toutefois d'un bon indicateur pour le reste du monde.