Pour la CFDT, le constat est accablant : les pompiers sont « envoyés au charbon » sans protection efficace contre les gaz et particules dégagés lors des feux de forêt. Sébastien Bouvier, secrétaire fédéral du syndicat en charge des services d’incendie et de secours, a indiqué dimanche qu’« au moins quatre pompiers sont allés en caisson hyperbare pour le monoxyde de carbone ». Le feu qui ravage la Gironde depuis mercredi a déjà fait 75 blessés parmi les sapeurs-pompiers, dont dix ont dû être évacués.
Des équipements inadaptés
« Il faut nous donner des moyens pour nous protéger : on a les camions, sauf que pour respirer, on a des cagoules qui sont même pas au niveau d’un FFP1 », a déploré Sébastien Bouvier. Lors des interventions dans des bâtiments, les pompiers sont équipés d’appareils respiratoires isolants, des masques étanches avec bouteilles d’air. Mais contre les feux de forêt, nombreux sont ceux qui ne portent qu’une fine cagoule, qu’ils retirent souvent dès qu’ils ne sont plus au contact direct du feu, bien qu’à quelques dizaines de mètres des fumées.
Une tactique à revoir
Norbert Berginiat, vice-président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, explique que le système utilisé pour les feux de bâtiments « est impossible à mettre lors des feux de forêt, trop gênant et pas adapté parce que les hommes ne tiendraient pas, vu la chaleur ». Les cagoules actuelles filtrent « au moins les grosses particules », mais les « petites particules sont moins bien filtrées ». Un nouveau modèle filtrant a été mis au point, selon le référentiel de la Sécurité civile, souligne Sébastien Bouvier. « Quand vous avez une cagoule qui ne filtre rien ou quand vous mettez sur le nez une cagoule qui va filtrer 85 % de toutes les particules cancérogènes, forcément, les méthodes de travail ne vont pas être les mêmes » ni « votre effort physique. Sauf qu’en faisant ça, on doit changer la tactique opérationnelle. Et ils ne veulent pas le faire pour l’instant. »
La question du coût
Le problème financier est également un frein. « 15 euros pour une cagoule qui ne vous protège de rien » contre « 60 euros » pour « une cagoule qui vous protège des gaz cancérogènes, j’insiste bien sur des gaz cancérogènes parce qu’en fait la problématique, c’est le monoxyde de carbone », explique Sébastien Bouvier. Certains services départementaux d’incendie et de secours s’interrogent sur l’opportunité d’investir dans ces nouvelles cagoules, qui pourraient ne pas être portées en raison d’un inconfort signalé par des pompiers les ayant testées, ou préfèrent « essayer d’autres solutions ».
Une profession reconnue cancérogène
L’activité de sapeur-pompier est classée comme cancérogène (Groupe 1) par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la santé. En France, un décret de décembre 2025 a étendu la reconnaissance de ces pathologies professionnelles, offrant une meilleure prise en charge des maladies liées à l’exposition aux fumées. Malgré cette avancée, les protections sur le terrain restent insuffisantes, selon les syndicats.



