Les agents de la police de l'eau traquent les abus en plein arrêté sécheresse dans les Alpes-Maritimes. Face à une surconsommation de 18% malgré les restrictions, la préfecture multiplie les contrôles de terrain chaque semaine. Exemple au Rouret hier, commune en « alerte renforcée » du bassin du Loup, où la chasse aux arrosages interdits est lancée.
Un paradoxe hydrologique inquiétant
Avec un déficit pluviométrique de 17% accumulé depuis septembre 2025, 81% des nappes phréatiques sous les normales de saison et un département qui étouffe depuis quinze jours consécutifs sous la canicule, la situation hydrologique des Alpes-Maritimes est préoccupante. Pourtant, malgré les restrictions d'usage, les services de l'État constatent une hausse de 18% des consommations d'eau par rapport à l'année dernière. Face à cette surconsommation, la préfecture a renforcé les contrôles sur le terrain.
Les agents de la DDTM (direction départementale Terre et Mer) sont envoyés chaque semaine pour rappeler à l'ordre. Les chiffres sont éloquents : en moyenne, sur 100 personnes contrôlées, 68 sont hors la loi. Hier, c'est au Rouret, placé en « alerte renforcée », que l'une de ces opérations de contrôle a débuté.
Le Rouret sous alerte renforcée : le bassin du Loup au bord de l'asphyxie
Située sur le bassin-versant du Loup, la commune du Rouret fait partie des 46 localités des Alpes-Maritimes placées au niveau d'« alerte renforcée » par l'arrêté préfectoral du 14 août 2026. Ce choix réglementaire répond à une situation hydrologique critique : le débit du Loup subit depuis le début du mois d'août une décroissance extrêmement rapide, se maintenant sous le seuil d'alerte renforcée.
Dans cette commune résidentielle, caractérisée par un habitat individuel important, les restrictions signées par le préfet Jean-Marie Girier imposent un changement de comportement immédiat. Les règles sont désormais extrêmement strictes : l'arrosage des pelouses, espaces verts et massifs fleuris est totalement interdit, de jour comme de nuit. Seuls les jeunes arbres et arbustes plantés en pleine terre depuis moins de trois ans font exception, entre 20 heures et 8 heures. L'arrosage des jardins potagers est également proscrit entre 8 heures et 20 heures. Tout comme le remplissage des piscines privées et le lavage des voitures à domicile.
Ce sont précisément ces interdictions que les deux agents de la DDTM ont contrôlées hier sur le terrain. « Nous dressons les PV mais c'est le Parquet qui décide si l'infraction doit être punie ou pas », explique Nathalie, agent de la police de l'eau. Les amendes peuvent atteindre 1 500 euros pour un particulier et 7 500 euros pour une personne morale.
Fontaines en circuit fermé et gazon grillé
L'équipe a commencé par vérifier la fontaine place de la mairie du Rouret. « On voit qu'elle est en circuit fermé car il y a un peu de vase », note Frédéric, agent de la police de l'eau. Il prend également des photos du panneau indiquant le circuit fermé et des gouttelettes d'eau sur la pelouse, signe d'un arrosage interdit. « Il faut que les fontaines soient en circuit fermé et que cela soit affiché, sinon elles ne peuvent pas fonctionner », ajoute-t-il.
Les agents se sont ensuite dirigés vers l'hôtel du Clos. Annick Granier, propriétaire des lieux, s'est étonnée de leur arrivée : « Oh là là mais c'est la police ! Qu'est-ce qu'il se passe ? » Frédéric a rectifié : « La police de l'eau ! Nous effectuons un contrôle afin de vérifier que l'arrêté sécheresse soit bien appliqué. » Les agents ont félicité la propriétaire pour son gazon complètement grillé, preuve du respect des restrictions. « Vous savez, ce n'est pas évident lorsqu'on accueille du public, de défendre ce gazon devant les clients. Certains nous disent qu'ils paient aussi pour une pelouse verte ! », a-t-elle commenté.
L'établissement respecte la loi. « Il y a un grand panneau en bas de la mairie qui dit que nous sommes en état de forte sécheresse. On ne peut pas faire ceux qui ne l'ont pas vu… », a-t-elle ajouté.
Des contrôles réguliers entre prévention et répression
« Nous sortons une fois par semaine », expliquent Nathalie et Frédéric. Chaque fois, c'est entre prévention et répression. Tristan Bataille, directeur adjoint de la DDTM, détaille les méthodes : « On se concentre sur les grands espaces (domaines, copropriétés, établissements) et l'on utilise aussi les vues aériennes pour repérer les espaces verts. Après c'est de l'investigation. »
Les principales infractions relevées sont des arrosages massifs, des stations de lavage qui ne recyclent pas ou utilisent des programmes consommateurs de grandes quantités d'eau. Sur les contrôles déjà effectués dans le département, 68% des personnes contrôlées étaient en infraction. Interrogé sur cette indiscipline, Tristan Bataille répond : « Je ne l'explique pas. Nous ne pouvons que rappeler que l'eau est un bien commun. Et que lorsqu'elle se raréfie, il n'y a pas seulement un impact sur la consommation. Mais aussi sur la biodiversité. »
Concernant l'augmentation de 18% de la consommation malgré les arrêtés, il ajoute : « On peut davantage l'objectiver. À un moment donné, quand on commence à se servir dans les stocks des nappes phréatiques tôt dans l'année et qu'il y a un déficit pluvieux, c'est mécanique : on consomme davantage. C'est là que l'effet du changement climatique est tangible. »



