La porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a condamné dimanche 4 octobre le recours à une « violence disproportionnée » contre le mouvement de protestation lycéen en France, dans un contexte de relations déjà tendues entre les deux pays. Interrogé lors d'une conférence de presse à Téhéran à laquelle l'AFP a assisté, il a déclaré qu'« une telle violence disproportionnée contre les manifestants est injustifiable ».
Un mouvement lycéen qui s'étend et des interpellations en hausse
Débuté le 17 septembre en région parisienne, le mouvement lycéen s'est progressivement étendu à tout le territoire et s'est enflammé jeudi dans de nombreuses villes de France. Une nouvelle journée de blocage vendredi a été marquée par plus de 1.700 interpellations, ainsi que par des affrontements entre forces de l'ordre et manifestants.
Esmaïl Baghaï a ajouté : « La France se doit de respecter les droits et libertés fondamentaux de ses citoyens. Les informations faisant état de violences policières sont préoccupantes. »
Un parallèle avec la répression en Iran
L'Iran a été secoué l'hiver dernier par un vaste mouvement de contestation, initialement déclenché contre la hausse du coût de la vie, mais qui s'était rapidement mué en revendications politiques contre le pouvoir. Des ONG basées à l'étranger ont dénoncé une répression ayant fait des milliers de morts, tandis que le gouvernement iranien reconnaît plus de 3.000 morts pour les seuls 8 et 9 janvier lors du pic du mouvement.
L'Iran a imputé ces violences à des « actes terroristes » orchestrés par les États-Unis et Israël. Le président français Emmanuel Macron avait alors condamné « la violence d'État qui frappe aveuglément » les manifestants iraniens.
Des relations bilatérales déjà tendues
Les déclarations de la diplomatie iranienne dimanche surviennent dans un contexte de relations déjà tendues entre Paris et Téhéran. Il y a deux semaines, l'Iran a fermé sans préavis le Centre de langue française (CLF), un organisme lié à l'ambassade de France et ouvert depuis plus de vingt ans, l'accusant d'« activités illégales ». En juillet, les relations s'étaient déjà crispées après un incident impliquant deux diplomates français en poste à Téhéran.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait alors accusé l'Iran de les avoir « détenus sans raison pendant plusieurs heures » et d'en avoir « molesté » un. L'Iran avait rejeté catégoriquement cette version des faits puis interdit à ces deux diplomates d'exercer sur son territoire.
Interrogée par l'AFP sur l'état des relations bilatérales, une source diplomatique iranienne a déploré le mois dernier que la France, « pays des droits de l'Homme », soit « restée silencieuse » depuis le début de la guerre, déclenchée fin février par des frappes israélo-américaines contre l'Iran.