Depuis le 14 juillet 2026, la température de la mer Méditerranée à Monaco ne descend pas sous la barre des 28°C. Ce 20 août, cela fait 39 jours consécutifs que ce seuil est dépassé, un phénomène inédit à l'échelle humaine selon les scientifiques du Centre scientifique de Monaco.
Un record de durée sans précédent
« La température de la mer dépasse les 28 degrés en moyenne à Monaco depuis le 14 juillet. Cela fait 39 jours que dure cette vague de chaleur marine. Du jamais vu à l'échelle humaine », affirme Stéphanie Reynaud-Berthier, chercheuse au sein de l'équipe de biologie corallienne du Centre scientifique de Monaco et plongeuse professionnelle. À titre de comparaison, selon le site Seatemperature.info, la mer n'était restée au-dessus de 28°C que trois jours consécutifs en 2025, contre 16 jours en 2024.
Un effet cumulatif sur la faune et la flore marines
Les conséquences précises de cet épisode sur les écosystèmes ne pourront être évaluées qu'une fois la canicule terminée. Mais pour la scientifique, « en pourcentage de mortalités ou de nécroses des organismes, les records ne seront pas battus ». Les organismes les plus fragiles ont déjà disparu lors des épisodes précédents, et les espèces qui subsistent sont les plus résistantes. Cependant, « quand on voit les chiffres, il faut tenir compte de l'échelle utilisée. D'année en année, cela peut ne pas sembler si grave. Mais si on les compare au taux de mortalité d'il y a dix ans, le résultat est catastrophique », souligne-t-elle.
Des réserves énergétiques qui s'épuisent
Poissons, coraux et autres organismes marins disposent de mécanismes pour supporter temporairement des températures élevées, puisant dans leurs « réserves énergétiques ». « Ils possèdent dans leur organisme des éléments qui leur permettent de fonctionner. Ils les utilisent pour résister une fois, deux fois, mais au bout d'un certain temps, ces réserves s'épuisent », explique la spécialiste. Elle compare ce mécanisme au corps humain : « Quand on a de la fièvre, notre corps s'épuise pour faire baisser la température. Mais il ne peut pas tenir très longtemps. » Chaque espèce a un seuil physiologique au-delà duquel elle ne peut plus fonctionner normalement.
La chaleur gagne les profondeurs
Si les eaux profondes restent plus fraîches, la durée exceptionnelle de l'épisode actuel permet à la chaleur de pénétrer progressivement. « La thermocline descend de plus en plus. La durée des vagues de chaleur, ajoutée au fait qu'il n'y a pas beaucoup de vent cette année à Monaco, fait que la chaleur touche des profondeurs inédites », indique Stéphanie Reynaud. À 40 mètres de profondeur, la température oscille encore entre 14 et 18 degrés, mais la tendance est à la hausse.
Le corail rouge, grand perdant de la canicule
Pour les espèces capables de se déplacer, comme les poissons, descendre vers des eaux plus fraîches peut constituer une stratégie de survie. Mais ce n'est pas le cas du corail rouge, un organisme essentiel pour l'écosystème marin. Sa croissance extrêmement lente limite sa capacité à récupérer. « Le corail rouge ne va pousser que de 2 à 3 millimètres par an. Donc, s'il y a un morceau de corail rouge qui est abîmé, il lui faudra quelques années pour se remettre dans l'état actuel. S'il y a une canicule tous les ans, il n'a pas le temps de reprendre », explique Stéphanie Reynaud. Selon elle, « l'épisode actuel n'est pas une anomalie isolée, c'est le reflet d'une nouvelle réalité ». La question n'est plus seulement de savoir si les canicules marines vont se prolonger, mais à quelle vitesse les écosystèmes seront capables de s'adapter, et s'ils ont encore le temps de le faire.



