Des chercheurs ont découvert que des souris peuvent conserver leurs souvenirs même après la perte de connexions neuronales, remettant en cause l'idée que la mémoire dépend uniquement de la force des synapses. Selon l'étude publiée dans Nature, des souris génétiquement modifiées pour perdre une partie de leurs synapses ont continué à se souvenir de tâches apprises auparavant.
Une expérience sur des souris modifiées
L'équipe dirigée par le neuroscientifique Jean-Michel Dupont, de l'Université de Bordeaux, a utilisé des souris dont les synapses pouvaient être supprimées à volonté. En éliminant environ 50 % des connexions dans l'hippocampe, une région clé pour la mémoire, ils ont constaté que les souris étaient toujours capables de retrouver la sortie d'un labyrinthe appris des semaines plus tôt. "Nous avons été surpris de voir que malgré une perte massive de synapses, les souvenirs persistaient", a déclaré Dupont.
Des mécanismes de compensation
Les analyses ont montré que les synapses restantes se renforçaient, comme si le cerveau compensait la perte en augmentant l'efficacité des connexions survivantes. De plus, de nouvelles connexions se formaient dans d'autres régions du cerveau, suggérant une redistribution de l'information. "Cela indique que la mémoire n'est pas stockée de manière statique, mais qu'elle est dynamique et distribuée", explique Dupont.
Implications pour les maladies neurodégénératives
Cette découverte pourrait avoir des implications pour la maladie d'Alzheimer, où la perte de synapses est un phénomène précoce. Si des mécanismes compensatoires existent, ils pourraient être ciblés pour préserver la mémoire chez les patients. Cependant, les chercheurs soulignent que des études supplémentaires sont nécessaires pour comprendre comment ces mécanismes peuvent être stimulés.
L'étude, financée par le Conseil européen de la recherche, ouvre de nouvelles pistes pour la recherche sur la plasticité cérébrale. Les prochaines étapes consisteront à tester si ces mécanismes peuvent être induits chez des souris âgées ou malades, afin de vérifier leur potentiel thérapeutique.



