Airbus et le centre de formation et d'expérimentation de lutte contre les incendies Entente Valabre ont signé un partenariat de trois ans pour « accélérer le développement et l'expérimentation de nouvelles solutions au service de la Sécurité civile (surveillance, drones, satellites…) ». Cette annonce fait suite à l'utilisation inédite, durant l'été, de l'avion de transport militaire A400M pour larguer du produit retardant autour des feux de forêt en Gironde.
L'A400M, un nouvel outil dans la lutte contre les incendies
Pour la première fois, l'A400M a été équipé d'un kit « bombardier d'eau », lui permettant de larguer vingt tonnes de produit retardant à chaque passage. Cette solution « ouvre des perspectives complémentaires aux moyens déjà existants », soulignait durant l'été le ministère des Armées. Airbus, qui a également déployé ses hélicoptères Ecureuil et Super Puma, veut renforcer ses moyens au profit de la lutte contre les incendies.
« Airbus va nous apporter une approche technique et technologique qui doit nous permettre de travailler encore plus en sécurité dans l'attaque aéroterrestre des grands feux, comme on en a connu cet été, et qui nécessitent de nombreux aéronefs », explique Ludovic Inès, directeur général-adjoint de l'Entente Valabre et colonel des sapeurs-pompiers. « On peut ajouter à cela des réflexions sur l'utilisation de drones, qu'il s'agisse de drones de reconnaissance, ou des drones lourds potentiellement capables, demain, d'apporter de l'eau. Cette approche dronisée, en même temps que l'utilisation des aéronefs de lutte contre les incendies, est un enjeu fondamental pour l'avenir ».
Des drones pour attaquer les feux naissants dès 2027
Airbus et l'Entente Valabre espèrent pouvoir expérimenter des drones de lutte contre les incendies « dès le printemps 2027 », annonce Ludovic Inès. « La difficulté est de trouver le compromis entre une autonomie suffisante pour la persistance de l'engin sur zone et une capacité d'emport conséquente ». « Le drone va jouer un rôle primordial dans l'attaque des feux naissants, même s'il ne peut évidemment pas emmener la même quantité qu'un hélicoptère ou un Canadair », ajoute Olivier Chalvet, coordinateur des activités de lutte contre les incendies chez Airbus Defence and Space.
Avec une capacité d'emport « qui devrait tourner autour des 200 à 300 litres d'eau », selon Ludovic Inès, l'objectif du drone « sera d'agir sur les feux naissants, ou les reprises de feu », insiste le colonel des sapeurs-pompiers. « Cet été, nous bombardions parfois 50 à 60 tonnes d'eau [par salve d'avions] au-dessus des mégafeux en Gironde, sans qu'aucune goutte ne tombe au sol, car l'eau était vaporisée… Face à ces gigantesques incendies, on voit que la lutte atteint ses limites, c'est pour cela que le maître-mot reste la lutte précoce, ainsi que la prévention et la sensibilisation en amont ».
Wildfire Sentinel : connecter satellites et commandement tactique
Airbus est aussi fournisseur du ministère de l'Intérieur avec le réseau Tetrapol. Relier satellites, avions, hélicoptères, drones et équipes au sol, via des systèmes de communication et de traitement de données, est un enjeu majeur dans la lutte contre les incendies. « Ce qui figure au cœur de l'écosystème que nous sommes en train de développer, c'est la connectivité de tous ces éléments entre eux, qu'il faut rendre résiliente - surtout dans le cadre de feux de forêts où il est fréquent de perdre la connectivité, et fluide pour que les données collectées deviennent rapidement exploitables au niveau du PC commandement des pompiers », explique Olivier Chalvet.
C'est le sens du projet Wildfire Sentinel d'Airbus, qui connecte directement une surveillance satellitaire à un réseau de commandement tactique, pour raccourcir le délai d'intervention. Une carte dynamique fournit automatiquement la vitesse et la direction du vent ainsi que la position exacte des équipes d'intervention, et transforme les données brutes en scénarios de frappes aériennes immédiates et coordonnées.
« Il faut que l'on dispose de données en temps réel couplant le niveau de sécheresse, l'état et la densité de la végétation, pour travailler sur une approche anticipée de ces gros feux, qui peuvent se propager à la vitesse énorme de 6 km/h, comme on l'a vu cet été », ajoute le colonel Ludovic Inès. « La collecte de data doit parallèlement contribuer à nous renseigner sur des phénomènes que nous découvrons, comme les pyrocumulonimbus auxquels nous avons été confrontés cet été, ajoute le directeur-adjoint de l'Entente-Valabre. Cela fait 60 ans que l'on travaille sur des feux poussés par les vents, mais quand on a ce type de phénomène avec un feu qui va dans tous les sens, on ne sait plus forcément par quel bout le prendre. Il faut donc le travailler en amont pour anticiper, avec de la donnée, qu'il faudra pouvoir coupler à un format d'IA pour prendre les décisions le plus rapidement possible. » Ce qui doit permettre, in fine, d'engager les secours « avec un ordre de priorité, selon la défendabilité de la zone », estime le pompier.