Sylvie et Éric Monceret, paléontologues amateurs, ont découvert à Cabrières (Hérault) un gisement de 400 fossiles vieux de 470 millions d'années, datant de l'ère ordovicienne. Cette découverte, réalisée en 2024, a suscité un vif intérêt au sein de la communauté scientifique internationale, notamment en raison de la présence exceptionnelle d'organismes à corps mous – algues, éponges, vers – dans un état de conservation remarquable.
Une découverte aux retombées mondiales
« Ce n'est pas notre première découverte importante, loin de là, mais c'est la première qui a un tel retentissement ! » s'exclame Sylvie Goujon-Monceret. Le couple, originaire de Montpeyroux mais résidant à Carcassonne, a immédiatement été au centre d'un projet d'étude international. Une équipe pilotée par le CNRS de Lyon et l'Université de Terre de Lausanne, réunissant une cinquantaine de spécialistes (paléobiologie, taphonomie, stratigraphie, etc.), a été constituée pour analyser le site.
Les premières conclusions viennent d'être publiées dans la revue scientifique Lethaia. Selon le CNRS, le site « accrédite un peu plus l'hypothèse selon laquelle il n'y a pas eu d'extinction à grande échelle des espèces vers la fin du Cambrien, mais plutôt des disparitions ponctuelles dans les zones océaniques les plus impactées par le réchauffement ».
Un site qui éclaire les origines de la vie
L'ère ordovicienne, qui s'étend de -485 à -443 millions d'années, est une période clé dans l'histoire de la vie. « Il faut comprendre qu'à l'époque, il n'y avait rien sur terre. La vie, apparue pendant le Cambrien (538 millions d'années), était exclusivement maritime », explique Éric Monceret. « Avec l'Ordovicien, on assiste à une diversification des organismes et à une multiplication des genres et espèces. »
À cette époque, les continents dérivaient, les températures étaient extrêmes (environ +8 °C par rapport à aujourd'hui), et Cabrières, alors situé dans un delta entre mer et cours d'eau, se trouvait presque à la latitude du pôle Sud. Cette position particulière a favorisé un environnement plus tempéré et oxygéné, propice à la vie, contrairement à de nombreuses régions anoxiques.
Des fossiles d'une richesse inouïe
Le gisement renferme des organismes petits ou minuscules : mollusques, arthropodes, brachiopodes, etc. « Déjà, toutes les niches sont occupées. On trouve des brouteurs, des fouisseurs, des nécrophages, c'est fabuleux », s'enthousiasment les deux chercheurs. Cette diversité permet de reconstituer le biote et le paléoenvironnement de l'époque, afin de comprendre comment ces organismes vivaient et interagissaient entre eux.
« C'est une aventure totale », sourit Sylvie Goujon-Monceret. « Cabrières s'inscrit désormais dans la liste, très réduite, des sites qui permettent de comprendre la vie de la planète à une certaine époque, comme le Maroc ou le Pays de Galles. C'est une fierté pour nous, qui sommes d'ici. »
Des technologies de pointe pour percer les secrets
Pour analyser ces fossiles, les chercheurs ont utilisé des outils d'analyse de très haute précision, tels que le microscope électronique à balayage et le Synchrotron Soleil. Ces technologies ont permis d'obtenir des données détaillées sur la structure et la composition des spécimens.
Le couple Monceret continue ses recherches, avec l'espoir de découvrir d'autres organismes, peut-être des espèces uniques et endémiques. « On a toujours l'espoir de trouver d'autres organismes et, pourquoi pas, des espèces uniques, endémiques », confient-ils. Cabrières n'a pas fini de livrer tous ses secrets.



