La forêt de Fontainebleau, joyau de biodiversité, est au cœur d'une polémique. La reconstruction d'un sentier très fréquenté, menée par l'Office national des forêts (ONF), suscite l'inquiétude des associations environnementales. Selon elles, les travaux pourraient porter un coup fatal aux espèces déjà vulnérables du massif.
Un projet contesté dès le départ
Le projet, qui vise à stabiliser et sécuriser le chemin de la Mer de Sable, a été lancé sans étude d'impact préalable approfondie, dénonce l'association Fontainebleau Nature et Patrimoine. « En voulant bien faire, on pourrait condamner les espèces restantes », s'alarme sa présidente, Marie Dupont, dans un entretien à Libération. Le sentier traverse une zone abritant plus de 200 espèces protégées, dont la rare violette de Fontainebleau (Viola pekinensis).
Des chiffres alarmants
Selon une étude de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), 30% des espèces de la forêt ont disparu au cours des deux dernières décennies. « Si nous continuons à intervenir lourdement, nous risquons d'accélérer ce déclin », prévient le biologiste Jean Martin, expert en écosystèmes forestiers. L'ONF, de son côté, assure que la reconstruction est indispensable pour éviter l'érosion et préserver la sécurité des promeneurs, qui sont 15 millions par an à fréquenter la forêt.
Les solutions alternatives ignorées
Les opposants proposent des alternatives moins invasives, comme le balisage de chemins existants ou l'utilisation de matériaux biodégradables. « Il existe des techniques de génie écologique qui permettent de renforcer les sentiers sans détruire la biodiversité », explique Amélie Legrand, ingénieure environnement. Mais l'ONF rétorque que ces méthodes sont trop coûteuses et ne répondent pas aux normes de sécurité.
Un impact à long terme sous-estimé
Au-delà des destructions immédiates, les experts redoutent un effet domino. La fragmentation des habitats due aux travaux pourrait isoler les populations de grenouilles rousses (Rana temporaria) et de lézards vivipares (Zootoca vivipara), compromettant leur reproduction. « Nous perdons des espèces uniques, irremplaçables », déplore la botaniste Sophie Dubois. Une pétition lancée par les associations a recueilli plus de 12 000 signatures en une semaine.
Vers une médiation ?
Face à la grogne, le préfet de Seine-et-Marne a proposé une table ronde réunissant toutes les parties prenantes. « Il est encore temps de trouver un équilibre entre préservation et fréquentation », a-t-il déclaré. La décision finale reviendra au ministère de la Transition écologique, qui examine actuellement le dossier. En attendant, les travaux sont suspendus jusqu'à nouvel ordre.



