La France est le seul pays au monde à détruire systématiquement une espèce protégée en prévention des dégâts qu'elle pourrait occasionner, selon une tribune publiée dans Le Monde le 29 août 2026. Ce constat, signé par plusieurs scientifiques et défenseurs de l'environnement, dénonce une pratique qui concerne notamment le grand cormoran, le loup et le renard.
Une pratique unique au monde
Les auteurs de la tribune soulignent que cette approche préventive est une singularité française. Ils citent l'exemple du grand cormoran, dont des tirs de régulation sont autorisés pour protéger les piscicultures, alors que l'espèce est protégée au niveau européen. De même, le loup, espèce strictement protégée, fait l'objet de tirs de prélèvement dans le cadre de plans nationaux.
Selon les signataires, cette logique de destruction préventive repose sur une évaluation biaisée des risques, souvent exagérée par les lobbies agricoles et de la pêche. Ils rappellent que les études scientifiques montrent que les dégâts réels causés par ces espèces sont généralement limités et que des solutions alternatives existent, comme les mesures de protection des troupeaux ou les filets de protection pour les piscicultures.
Des conséquences écologiques et juridiques
La tribune met en avant les conséquences écologiques de cette pratique. La destruction d'espèces protégées perturbe les écosystèmes et peut avoir des effets en cascade sur la biodiversité. Les auteurs citent le cas du renard, dont la régulation est parfois justifiée par la prévention de la rage, alors que la maladie est quasi éliminée en France.
Sur le plan juridique, ils rappellent que la France s'expose à des recours devant la Cour de justice de l'Union européenne. Les dérogations à la protection stricte des espèces sont censées être exceptionnelles et motivées par des raisons impératives d'intérêt public, ce qui n'est pas toujours le cas selon eux. Ils soulignent que cette situation fragilise la crédibilité de la France dans les négociations internationales sur la biodiversité.
Un appel à un changement de politique
Les signataires appellent à un changement de politique, privilégiant la cohabitation avec la faune sauvage plutôt que sa destruction préventive. Ils demandent une révision des arrêtés ministériels autorisant ces tirs et une meilleure prise en compte des avis scientifiques dans les décisions de gestion.
Ils proposent également de développer des indemnisations plus justes pour les éleveurs et pisciculteurs victimes de dégâts, ainsi que des aides à l'installation de protections efficaces. Selon eux, cette approche permettrait de concilier les activités humaines et la conservation de la biodiversité, tout en respectant les engagements européens et internationaux de la France.



