Effondrement historique du gouffre des Espélugues dans le Gard
Effondrement du gouffre des Espélugues : un phénomène historique

Le 27 décembre 2022, un effondrement phénoménal a frappé le gouffre des Espélugues, dans le Gard. Environ 6000 mètres cubes de sédiments ont été emportés en une minute, effaçant le plancher de l'aven principal et laissant place à un trou béant de vingt mètres de profondeur, trente mètres de long et vingt-deux mètres de large. Selon Michel Wienin, spéléologue de 79 ans et témoin privilégié, il s'agit de l'effondrement le plus important recensé dans la région depuis au moins le XVIIe siècle.

Un témoignage direct de l'effondrement

Michel Wienin, qui connaît le site depuis son adolescence, faisait partie des premiers à constater les dégâts. Il raconte : « Je ne l'avais pas vu venir ce jour-là. C'était juste après Noël. Tout est tombé en une minute. » Pierre Landry, président du comité départemental de spéléo, ajoute que des randonneurs présents ce jour-là ont donné l'alerte : « Ils ont dit avoir entendu un bruit énorme derrière eux, qui ressemblait à un camion qui bennait du gravier. Quand ils se sont retournés, le gouffre avait glissé. Ils ont eu beaucoup de chances. »

Les causes : un phénomène millénaire accéléré par la sécheresse

L'analyse des spéléologues et géologues a révélé que cet effondrement est l'aboutissement d'un processus vieux de 10 000 ans. Le gouffre des Espélugues se situe dans un lit souterrain du Gardon, à l'ère tertiaire. Michel Wienin explique : « On pensait que le remplissage de limon était stable. Je n'avais pas prévu qu'il ait été creusé par en dessous, par le courant. » L'événement météorologique ayant accéléré l'effondrement serait la sécheresse de l'été 2022, qui a fragilisé la voûte de limon. Les eaux souterraines ont ensuite provoqué un éboulis, évacué par le fond.

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Des conséquences géologiques et archéologiques

Depuis l'effondrement, spéléologues, géologues et archéologues explorent les nouvelles couches mises à nu. En 2023, des poteries du néolithique ont été découvertes. Cependant, le site reste dangereux : le trou s'est partiellement rempli, passant de 18 mètres de profondeur en janvier à 9,50 mètres aujourd'hui, en raison de l'effritement des parois. Michel Wienin prévient : « Il ne faut surtout pas aller au bord. Des parties sont encore tombées depuis 2022. Et ça va se poursuivre. »

Un site exceptionnel menacé mais toujours vivant

Le gouffre des Espélugues, dont le nom occitan signifie « caverne », abrite une forêt spontanée avec figuiers, micocouliers, ifs et fougères. La température y est remarquable : 15 °C en bas contre 39 °C en haut lors du reportage. Annik Schnitzler-Lenoble, professeure d'écologie forestière, consacre un chapitre de son livre à cet écosystème unique. L'accès reste interdit au public, et le site ne sera sécurisé que lorsque les pentes seront stables.

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