Une nouvelle étude parue dans la revue Science le 28 juin 2026 bouleverse les connaissances sur l'évolution des fourmis. Des chercheurs du CNRS et de l'Université de Montpellier démontrent que l'eau et la température sont les facteurs clés de la diversification de ces insectes, reléguant au second plan des mécanismes comme la prédation ou la compétition.
Une base de données mondiale inédite
L'équipe dirigée par le Dr. Élodie Bresson a compilé des données sur 1 200 espèces de fourmis réparties sur tous les continents. En analysant leurs aires de répartition et les conditions climatiques correspondantes, les scientifiques ont constaté que les régions où l'eau est abondante et les températures modérées présentent une diversité d'espèces nettement plus élevée. « Dans les forêts tropicales humides, on trouve jusqu'à 200 espèces par hectare, contre moins de 10 dans les déserts », explique le Dr. Bresson.
Un rôle prépondérant de l'humidité
L'étude montre que l'humidité ambiante influence directement la physiologie des fourmis. Les espèces qui vivent dans des environnements secs ont développé des adaptations spécifiques, comme une cuticule plus épaisse pour limiter la perte d'eau. Mais ces adaptations contraignent leur capacité à coloniser de nouveaux milieux. « L'eau est un filtre évolutif majeur », souligne le co-auteur, le Pr. Marc Lefèvre.
La température comme accélérateur
La température agit en synergie avec l'eau. Les zones chaudes et humides, comme les forêts équatoriales, sont des « berceaux de diversification » où les taux de spéciation sont les plus élevés. En revanche, les régions froides ou arides limitent fortement l'apparition de nouvelles espèces. Les chercheurs ont calculé que le nombre d'espèces de fourmis double tous les 10 °C d'augmentation de la température moyenne, à condition que l'humidité soit suffisante.
Implications pour la conservation
Ces résultats ont des conséquences importantes pour la préservation de la biodiversité. Avec le réchauffement climatique, les fourmis pourraient voir leurs habitats se modifier rapidement. « Les espèces les plus spécialisées, notamment celles des zones froides, risquent de disparaître si elles ne peuvent pas migrer ou s'adapter », alerte le Dr. Bresson. L'étude recommande de prioriser la protection des écosystèmes humides et tempérés, qui sont des réservoirs de diversité.
Une redéfinition des priorités de recherche
Jusqu'à présent, les biologistes mettaient l'accent sur les interactions biotiques (prédation, compétition) pour expliquer la diversification. Cette étude invite à reconsidérer le poids des facteurs abiotiques. « Nous devons intégrer davantage les variables climatiques dans les modèles d'évolution », conclut le Pr. Lefèvre. Les prochaines recherches porteront sur l'impact des variations saisonnières et des événements extrêmes (sécheresses, inondations) sur la dynamique des populations de fourmis.



