Cévennes : les champignons se raréfient, la fenêtre de tir se rétrécit
Cévennes : les champignons se raréfient, la fenêtre de tir se rétrécit

Dans les Cévennes, les amateurs de champignons doivent s'armer de patience et de prudence. Le mycologue Christian Épinat, pharmacien à Alès, observe depuis dix à quinze ans une dégradation progressive de la richesse fongique. Les espèces se font plus rares, les fenêtres de pousse se réduisent, et les habitués des sous-bois doivent s'adapter à une réalité de plus en plus incertaine.

Un constat de longue durée

Christian Épinat, qui pratique la mycologie depuis une quarantaine d'années, ne décrit pas un effondrement brutal mais une érosion continue. « Depuis dix à quinze ans, c'est de moins en moins ça », confirme-t-il. Le spécialiste, qui s'intéresse davantage à la diversité des espèces qu'aux paniers bien remplis, résume la situation : « On perd de la richesse ».

Cette perte se manifeste de plusieurs manières. Les cèpes se font attendre, certaines espèces ne réapparaissent plus sur les secteurs habituels, et les périodes propices à la pousse se réduisent. Le phénomène touche particulièrement les espèces qui poussaient à la fin de l'été. « Les orages du 15 août permettaient d'avoir des champignons tout le mois de septembre », rappelle le mycologue. « Ceux-là, ils sont perdus », constate-t-il.

L'eau, facteur clé

Le problème commence par l'eau. Les pluies printanières se raréfient, les mois d'été deviennent très secs et les précipitations automnales arrivent plus tard. Cette année encore, les pluies attendues ont tardé à se manifester. Or, sans humidité suffisante, pas de miracle sous les arbres. « Les conditions favorables à la pousse, quelle que soit l'espèce, se réduisent », souligne Christian Épinat.

Les cèpes et les girolles n'ont pas nécessairement perdu leur saveur, mais leur apparition peut se limiter à quelques jours. Si le gel survient, la saison peut tourner court. « La fenêtre de tir se rétrécit », résume le spécialiste.

Pas de remplacement à l'horizon

Faut-il s'attendre à voir de nouvelles espèces s'installer, mieux adaptées au climat ? Pour l'heure, Christian Épinat ne constate pas de remplacement susceptible de compenser les pertes. « Pour l'instant, on perd juste en diversité et en volume », explique-t-il. Il évoque aussi une fragilisation plus générale des milieux naturels, sans prétendre prédire leur évolution.

Son inquiétude tient à la répétition du phénomène : certaines années offrent encore de belles surprises, mais la tendance générale lui paraît défavorable. « Je suis plutôt inquiet », confie-t-il. Et de résumer son observation : « La nature souffre. »

Des espoirs pour le salon du champignon

Les pluies récentes pourraient toutefois réserver quelques bonnes surprises pour le 23e salon du champignon, organisé les 31 octobre et 1er novembre au musée Maison Rouge, à Saint-Jean-du-Gard. Le mycologue préfère rester prudent : si le temps demeure doux et humide, des espèces pourraient encore sortir. Mais dans les sous-bois cévenols, désormais, mieux vaut ne pas vendre la récolte avant de l'avoir trouvée.