Des chercheurs ont identifié au Japon une nouvelle espèce de polype marin capable d'émettre des flashs lumineux, une première chez les coraux mous. Nommée Corallizoanthus aureus, cette espèce a été observée dans des grottes sous-marines peu profondes, où elle forme des colonies jaunes qui scintillent lorsqu'elles sont stimulées. La découverte, publiée dans une revue scientifique, ouvre des perspectives sur les mécanismes de bioluminescence dans des environnements obscurs.
Une découverte dans les grottes de l'archipel d'Okinawa
L'équipe de recherche, dirigée par le professeur James Davis Reimer de l'Université des Ryukyus, a trouvé ces polypes dans des grottes sous-marines de l'archipel d'Okinawa, au sud du Japon. Les colonies de Corallizoanthus aureus se développent sur les parois et les plafonds des cavités, souvent en compagnie d'autres coraux et éponges. Leur couleur jaune vif les distingue des autres espèces de la même famille, qui sont généralement brunes ou vertes.
Les chercheurs ont remarqué que les polypes émettent des flashs lumineux de courte durée lorsqu'ils sont touchés ou lorsqu'un prédateur s'approche. Ce comportement, appelé bioluminescence, est bien connu chez certains organismes marins comme les méduses ou les poissons des abysses, mais il n'avait jamais été observé chez les coraux mous (octocoralliaires). Selon le professeur Reimer, il s'agit d'une « découverte surprenante qui remet en cause ce que l'on savait sur la capacité des coraux à produire de la lumière ».
Un mécanisme de défense ou de communication ?
Les flashs lumineux de Corallizoanthus aureus pourraient servir à dissuader les prédateurs ou à attirer des proies. Les scientifiques ont observé que la lumière est émise par des cellules spécialisées, probablement des photocytes, situées à la base des tentacules. Des expériences en laboratoire ont montré que les polypes réagissent à des stimuli mécaniques et chimiques, mais la fonction exacte de ces signaux reste à déterminer.
Les chercheurs ont également noté que les colonies clignotent de manière synchronisée, ce qui pourrait indiquer une forme de communication entre individus. Cependant, des études supplémentaires sont nécessaires pour comprendre si ces signaux sont destinés à des congénères ou à d'autres espèces. Le professeur Reimer précise que « la synchronisation des flashs est un phénomène rare dans le monde marin, et nous espérons que des recherches futures révéleront les mécanismes sous-jacents ».
Une espèce qui éclaire la biodiversité des grottes sous-marines
La découverte de Corallizoanthus aureus souligne la richesse encore méconnue des grottes sous-marines, des écosystèmes souvent négligés. Ces cavités, peu éclairées, abritent une faune adaptée à l'obscurité, dont la bioluminescence est une adaptation clé. Selon l'étude, les grottes d'Okinawa pourraient héberger d'autres espèces bioluminescentes non encore décrites.
Les chercheurs estiment que cette espèce pourrait servir de modèle pour étudier l'évolution de la bioluminescence chez les cnidaires. Ils prévoient de poursuivre leurs observations sur le terrain et d'analyser le génome de Corallizoanthus aureus afin d'identifier les gènes responsables de la production de lumière. Ces travaux pourraient avoir des applications en biotechnologie, notamment dans le développement de marqueurs fluorescents pour la recherche médicale.
En attendant, cette découverte rappelle l'importance de protéger les habitats marins fragiles que sont les grottes sous-marines, menacés par la pollution et le tourisme sous-marin. Le professeur Reimer insiste : « Il est crucial de préserver ces environnements uniques avant que nous n'ayons découvert toutes les merveilles qu'ils renferment. »



