Alors que la saison de chasse s'ouvre dimanche dans la majorité des départements français, le fossé se creuse entre chasseurs et opposants à la chasse. La sécheresse, les incendies et la canicule de l'été ont ravivé les tensions, et près de 500 000 personnes ont signé une pétition en ligne réclamant l'interdiction de la chasse dans les zones incendiées, suivie d'un moratoire de trois ans.
Des associations demandent un report de l'ouverture
Plusieurs associations, dont la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas), ont demandé un report des dates de l'ouverture générale, « tant que la situation climatique reste critique ». Le gouvernement n'a pas répondu favorablement, mais a demandé aux préfets de suspendre territorialement la chasse aux gibiers d'eau en cas de « calamité ». Dans le Var, le préfet a interdit toute action de chasse durant un an sur les secteurs incendiés.
« On a porté au ministère une liste très précise d'étangs, de sites fragilisés par la sécheresse, dans une démarche collaborative. Mais aucun arrêté n'a été pris à ce jour. C'est une aberration », déplore Cédric Marteau, directeur général de la LPO.
La députée Rousseau appelle à « affronter » l'ouverture
La députée écologiste Sandrine Rousseau a appelé le « peuple de l'écologie » à « affronter cette ouverture de la chasse », « debout, physiquement, face à eux (les chasseurs) », « pour empêcher qu'on ait un permis de tuer alors même qu'on a passé l'été de tous les basculements ».
De leur côté, les chasseurs dénoncent des accusations « éloignées du terrain ». « Mais quel chasseur aurait l'idée d'emmener son fusil sur un tas de cendre ? », se désole Thibault Varenne, président de la fédération de chasse de Gironde, qui revendique, avec près de 30 000 adhérents, d'être la plus grande du pays. Dans le département, « l'ouverture sera morose », après un été où « chasseurs et agriculteurs ont passé tous les jours, stressés, à lutter contre le feu » qui a ravagé plus de 40 000 hectares de forêt.
Les chasseurs évoquent un repeuplement rapide
Pour cet habitant d'Hourtin, au cœur de la forêt des Landes de Gascogne, les appels anti-chasse sont « mesquins, vicieux » et « éloignés du terrain ». Il assure que le terrain « reverdit fort », offrant des repousses « très appétentes » pour le gibier, revenu après les incendies.
« Les incendies ont été une catastrophe pour les amphibiens, les reptiles, les escargots et tous les animaux sans mobilité pour fuir, mais sur les mustélidés, les mammifères et les oiseaux, la mortalité est infinitésimale », appuie Régis Hargues, directeur de la fédération de chasse des Landes. Il souligne la très faible activité des centres de soins pour animaux, dont l'un, en forêt, est cofinancé par les chasseurs. « Si c'était un carnage, on aurait des images partout », dit-il, dénonçant les « manipulations » et « montages IA » des anti-chasse.
Les chasseurs anticipent au contraire un repeuplement « très fort » des zones brûlées par les animaux « d'espaces ouverts ». Selon eux, faisans et lièvres abondent ainsi sur le vaste territoire incendié en Gironde en 2022. La fédération des Landes a aussi réalisé des comptages dans les secteurs brûlés de Biscarrosse (3 700 hectares en juillet), montrant des « indices stables », selon Régis Hargues.
L'Aspas réclame des études « objectives »
Mais pour Richard Holding, de l'Aspas, « l'Etat se base sur les chiffres des fédérations de chasse pour dicter sa politique : les chasseurs sont juges et parties ». Son association demande également un « moratoire » sur la chasse, dans l'attente d'études « objectives » sur la faune à « confronter aux données des chasseurs », comme les « rares » travaux du CNRS sur les effets néfastes des canicules sur les populations de chevreuils.
Les organismes de recherches « font déjà appel aux chasseurs », répond Régis Hargues, qui prévient qu'une suspension serait perçue « comme une provocation par le monde agricole », aux cultures fragilisées par la sécheresse, et parfois détruites par le gibier.
Aucun département n'a prononcé de modification des dates, selon chasseurs et associations écologistes. En Gironde, des secteurs incendiés demeurent fermés et donc « inaccessibles à la pratique de la chasse » dans quinze communes, selon la préfecture.



