Canicule marine en Méditerranée : 26°C depuis un mois, la faune menacée
Canicule marine en Méditerranée : 26°C, la faune menacée

Depuis la mi-juin, les eaux de la Méditerranée connaissent des températures exceptionnellement élevées, atteignant 26°C cette semaine, soit 4°C de plus que la moyenne. Ce phénomène, qualifié de canicule marine, dure depuis un mois et perturbe gravement les équilibres océaniques et la biodiversité marine.

Qu'est-ce qu'une canicule marine ?

Pascal Conan, chercheur à l'Observatoire océanographique de Banyuls, étudie le réchauffement de l'eau depuis plus de trente ans. Il explique que ces épisodes sont définis par une température dépassant de plus du double l'écart-type pendant au moins cinq jours. L'écart-type pour la Méditerranée est d'environ 1°C. Avec 4°C supplémentaires, la température est bien au-dessus de ce seuil, et le phénomène dure depuis un mois, confirmant une canicule marine.

La Méditerranée est considérée comme un « hot spot » du réchauffement climatique, se réchauffant plus vite que le reste de la planète, selon le GIEC.

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Un bouleversement du cycle océanique

Ces canicules marines perturbent la convection océanique, mécanisme crucial où l'eau chaude en surface refroidit et plonge en profondeur. Pascal Conan note que ce cycle s'interrompt : dans les années 1980, il se produisait 2 à 3 fois par décennie ; de 1995 à 2010, chaque année ; aujourd'hui, il pourrait ne plus avoir lieu. Les convections descendaient à 2 500 mètres, mais ne descendent plus qu'à quelques centaines de mètres. Les hausses de température en eaux profondes, autrefois observées tous les siècles, sont maintenant constatées sur une dizaine d'années. « Les bascules se font plus rapidement, et lorsqu'un phénomène s'emballe, il est difficile de prédire la réaction des écosystèmes », s'inquiète le chercheur.

La faune méditerranéenne ravagée

Pascal Romans, biologiste au même observatoire, constate les dégâts : « Ces canicules tuent les espèces fixées comme les éponges, les gorgones ou les nacres. » La faune mobile, comme les petits poissons et planctons, disparaît à son tour, entraînant un effondrement de la chaîne alimentaire. « Les espèces n'ont plus le temps de se remettre. »

Cependant, il remarque l'arrivée durable d'espèces thermophiles, comme les Girelles-paon, qui atteignent désormais l'âge adulte sur nos côtes. « Pour certaines espèces, ces vagues de chaleur entraînent une meilleure reproduction. Il y a donc des effets positifs, mais les effets néfastes sont bien plus nombreux », précise-t-il.

Une urgence climatique de plus en plus visible

Pascal Romans confie que la situation est devenue critique plus vite que prévu. « Avant, seuls les anciens disaient voir un changement. Maintenant, même un jeune de 15 ou 20 ans a vécu assez longtemps pour voir une différence significative », note Pascal Conan. Pour les scientifiques, des décisions politiques mondiales fortes sont urgentes pour infléchir cette trajectoire.

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