Le canal du Midi attire de plus en plus de cyclotouristes adeptes du « slow tourisme », une tendance encouragée par les collectivités locales qui investissent dans l’amélioration des berges. Avec 240 km de véloroutes reliant Toulouse à l’étang de Thau, ce site historique continue d’ouvrir la piste à des alternatives plus écologiques au surtourisme. L’Entente pour le canal du Midi estime que 1,5 million de personnes pratiquent chaque année des activités à faible impact écologique sur ses rives.
Une philosophie du voyage lente et locale
Prendre le temps, délaisser les voyages en avion polluants et les fantasmes d’exotisme pour avancer lentement, considérer que le chemin est aussi important que la destination : c’est l’état d’esprit qui guide les cyclotouristes, notamment ceux qui arpentent le canal du Midi. Ce tourisme lent, ou « slow tourisme », est encouragé par les collectivités territoriales d’Occitanie, qui en ont fait un axe du développement du canal, notamment avec des investissements pour aménager des véloroutes.
Sur les rives de Villeneuve-lès-Béziers, cette philosophie semble respectée à la lettre par les cyclistes. Mathieu et Romain, tous deux enseignants à Toulouse, ont planté leur tente au camping « Les berges du canal » et, en cette après-midi caniculaire, les amis penchent du côté du farniente plutôt que du pédalage. « C’est aussi ça la liberté d’un tel voyage, s’arrêter plus longtemps que prévu, reprendre la route quand on veut. C’est aussi une façon de découvrir notre patrimoine régional », théorise Romain.
Des infrastructures adaptées aux cyclotouristes
Dans cet établissement, quelques emplacements sont réservés aux voyageurs à vélo du canal. Pour 14 €, ils profitent d’un espace ombragé, d’une table en bois et d’un accès à la piscine. « Ce n’est pas ce qui fait tourner le camping, mais c’est un plaisir de recevoir ces voyageurs d’une nuit », se réjouit la patronne des lieux. De Toulouse à l’étang de Thau, 240 kilomètres de véloroutes longent le canal et ont vu fleurir plusieurs établissements d’hôtellerie spécialisés dans l’accueil de ces touristes itinérants.
« Le Canal est un endroit idéal pour commencer le cyclotourisme », affirme Philippe Calas, auteur d’une quinzaine d’ouvrages sur le sujet, dont un guide consacré au « Canal à vélo ». Aux hésitants, il promet « une belle aventure ainsi qu’un chemin balisé et sans risque ». « C’est un voyage qu’il faut recommander. Le canal a 350 ans et compte des aménagements magnifiques, des canaux, des routes, des écluses et, en résumé, de la vie. C’est une chance de pouvoir rouler sur le canal le plus ancien d’Europe », décrit le passionné de la région.
Des conseils pour les débutants et une vision pour l'avenir
Aux débutants, Philippe Calas conseille de prendre leur temps et de faire des étapes assez courtes, c’est-à-dire 50 kilomètres qui correspondent, en moyenne, à trois heures d’effort. « Pédaler le matin, et profiter de l’après-midi pour visiter les territoires parcourus », résume le cycliste. Lui, qui est chevronné à l’exercice, ne connaît pas la lassitude : « Voyager à vélo, c’est changer de rythme, passer du temps dans la nature et déconnecter du quotidien. Et il y a une part d’aventure car on ne sait jamais ce qu’il va se passer. »
Outre le plaisir de l’aventure de proximité et des découvertes régionales, le slow tourisme porte une vision sur l’avenir de l’activité touristique. L’Entente pour le canal du Midi, composée de la Région Occitanie, de la préfecture de Région et de Voies navigables de France, estime que « le slow tourisme offre de nouvelles perspectives » et que « le tourisme fluvial et fluvestre représente la promesse d’un tourisme plus respectueux de l’environnement, en prenant son temps, pour un contact plus direct avec l’environnement ».
Dans cette perspective, la Région a investi 700 000 € pour accompagner la réalisation de la véloroute du Canal du Midi, notamment d’une voie verte à Monségur dans l’Aude. La voie verte doit relier sur 25 km les communes de Bellegarde du Razès et Bram. Pour la Région, cela permettra de connecter des sites touristiques à forte notoriété : le Canal du Midi, les terroirs viticoles de la Malepère, la Haute Vallée de l’Aude et le Château de Montségur.
Les canicules, hausses du prix du carburant, crise de l’aviation, ou l’inquiétude de l’accélération et de l’intensification du réchauffement climatique peuvent-elles bouleverser l’imaginaire collectif du voyage ? Le géographe Rémy Knafou, auteur de l’ouvrage « Hypertourisme, le tourisme à l’épreuve de sa démesure » publié en mars, tempère cette idée. Au contraire, il observe depuis le Covid un développement « de manière exponentielle » de ce qu’il a nommé « le système touristique mondialisé » ou « hypertourisme ». Cette observation suggère que le slow tourisme, bien qu'en plein essor, reste une alternative face à la démesure du tourisme mondialisé.



