À Biarritz, une approche innovante pour réguler les moustiques par la biodiversité
Dans la ville de Biarritz, l'association Bio Divers Cité, fondée en 2019, défend une stratégie originale pour faire face au retour des moustiques avec les premières chaleurs. Plutôt que de supprimer systématiquement l'eau stagnante, elle propose de recréer des écosystèmes aquatiques qui favorisent la régulation naturelle des insectes. Charlotte Mulet, coordinatrice des projets de végétalisation, explique : « C'est contre-intuitif, mais créer un point d'eau peut aider à lutter contre les moustiques. »
Le jardin pédagogique : un laboratoire vivant
Au siège de l'association, un jardin pédagogique de plus de 2000 m² abrite une mare creusée il y a un an. Cette mare n'est pas un simple plan d'eau stagnant, mais un milieu vivant soigneusement aménagé avec des plantes, des profondeurs variées et une faune diversifiée. L'objectif est d'attirer des prédateurs naturels des moustiques, tels que les libellules et les amphibiens, qui jouent un rôle clé dans la régulation des populations d'insectes.
Les résultats sont tangibles : l'an dernier, près de 400 libellules et demoiselles sont nées dans cette mare, identifiées grâce aux exuvies, leurs dépouilles larvaires laissées sur la végétation. Charlotte Mulet précise : « Chaque libellule peut manger une soixantaine de moustiques par jour. » De plus, à l'état de larve, elles se nourrissent déjà des larves de moustiques, renforçant ainsi l'effet régulateur dès les premiers stades de développement.
Des alliés naturels multiples
Outre les libellules, d'autres espèces contribuent à cette lutte biologique. Les hirondelles, par exemple, peuvent avaler jusqu'à 1 000 moustiques quotidiennement, tandis que les martinets en consomment jusqu'à 5 000. Charlotte Mulet résume : « Le point d'eau centralise toute une chaîne alimentaire qui régule naturellement les populations. » Cette approche holistique permet de maintenir un équilibre écologique sans recourir à des méthodes chimiques ou destructrices.
Distinguer les types de gîtes larvaires
L'association insiste sur une distinction cruciale : le moustique tigre, particulièrement problématique, ne se reproduit pas dans les mares bien conçues, mais dans de très petits volumes d'eau liés aux activités humaines, comme les coupelles, les fonds d'arrosoirs ou les gouttières mal orientées. Ainsi, la lutte contre ce moustique repose principalement sur la suppression de ces micro-gîtes, souvent situés chez les particuliers.
En revanche, une mare artificielle, pauvre en végétation ou aux parois lisses, peut favoriser le moustique commun. Charlotte Mulet met en garde : « Pour avoir une mare bien équilibrée, il faut des variations. » Par exemple, introduire des poissons n'est pas recommandé, car ils consomment à la fois les larves de moustiques et leurs prédateurs naturels, perturbant l'écosystème.
Un défi pédagogique et des expérimentations prometteuses
Le principal obstacle reste la sensibilisation du public. Charlotte Mulet observe : « Le message diffusé, c'est souvent : supprimez l'eau stagnante. Les gens pensent donc qu'en faisant une mare, on va accentuer la présence du moustique tigre. » Pour contrer cette idée reçue, l'association propose des formations pour apprendre aux particuliers à créer des points d'eau écologiques chez eux.
Une expérimentation menée sur le lavoir de l'avenue Foch à Biarritz a servi de démonstrateur. Au lieu d'assécher un point d'eau infesté de larves, le site a été végétalisé. Charlotte Mulet assure : « En un mois et demi à deux mois, les larves ont disparu. » Cette initiative, réalisée en collaboration avec la Ville, a contribué à faire évoluer les pratiques locales et à promouvoir une vision plus large de la biodiversité urbaine.
Derrière cette lutte contre les moustiques, c'est une nouvelle manière de penser la nature en ville qui émerge. Charlotte Mulet, ornithologue de formation, défend l'idée qu'« un jardin propre est impropre à la vie », soulignant l'importance de recréer des trames écologiques pour reconnecter des espaces fragmentés et permettre à la biodiversité de retrouver sa place dans nos environnements urbains.



