Depuis le 1er janvier 2024, la réglementation européenne impose le tri des déchets alimentaires à la source. En France, 52 % de la population, soit plus de 35 millions de personnes, dispose déjà d'une solution de tri : composteur individuel, collectif ou borne d'apport volontaire. Selon l'Ademe, cette proportion devrait atteindre 80 % d'ici 2028.
Une progression inégale sur le territoire
Si la loi de transition énergétique pour la croissance verte date de 2015, laissant près de neuf ans aux collectivités pour se préparer, le déploiement reste hétérogène. Muriel Bruschet, directrice de l'économie circulaire à l'Ademe, précise : « Quasi 100 % des collectivités sont actives, mais certains habitants n'ont pas encore accès à une solution. » Les régions Grand-Est et Nouvelle-Aquitaine affichent un taux de couverture de 66 %, tandis que l'Île-de-France plafonne à 35 %.
Des solutions adaptées à chaque territoire
À Paris, la collecte en porte-à-porte s'est avérée impossible par manque d'espace. Bordeaux Métropole a installé 1 439 bornes depuis fin 2024, visant une borne à moins de 150 mètres de chaque domicile. L'Eurométropole de Strasbourg a déployé 1 680 points de collecte. Noémie Brouillard, chargée de projets chez Zéro Waste France, souligne l'importance de la sensibilisation : « Il s'agit de changer les habitudes en cuisine, un biais psychologique à lever sur la saleté ou les nuisibles. »
Vers une réduction de la fréquence de collecte
Actuellement, un tiers des ordures ménagères est constitué de déchets alimentaires. L'objectif est de n'incinérer ou enfouir que le tiers résiduel. La réglementation permet aux collectivités équipées de réduire la collecte des ordures ménagères à une fois toutes les deux semaines, contre une par semaine habituellement. Muriel Bruschet cite l'exemple de Milan, où la collecte quotidienne des biodéchets des restaurateurs a permis de réduire celle des ordures ménagères. À Besançon, le compostage a même permis de fermer une chaîne d'incinérateur.
Des enjeux économiques et environnementaux
L'incinération et l'enfouissement coûtent cher aux collectivités. La taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) augmentera à 45 euros par tonne incinérée et 85 euros par tonne enfouie d'ici 2030. « Les collectivités ont un intérêt économique à réduire les volumes de déchets résiduels », conclut Muriel Bruschet.



