Un bras de fer oppose l'enseigne de restauration rapide halal Master Poulet au maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, sur fond d'accusations croisées de gentrification et de promotion de la malbouffe. « Un combat juridique mais surtout politique », assure l'élu.
Un conflit juridique et médiatique
Depuis l'ouverture de Master Poulet le 11 avril, un ping-pong judiciaire et médiatique s'est enclenché. Selon le maire, le restaurant s'est installé « sans autorisation préalable » alors que la ville avait « fermement refusé l'implantation ». Karim Bouamrane a fait fermer le restaurant trois jours après son lancement en installant des blocs de béton pour en bloquer l'accès.
Master Poulet a saisi le tribunal administratif de Montreuil, qui a jugé que la décision d'emmurer le commerce était « manifestement illégale » et a ordonné le retrait des blocs sous 48 heures. La justice a toutefois précisé que le commerce n'était pas autorisé à utiliser sa terrasse.
Les arguments de Master Poulet
Le spécialiste du poulet grillé halal à bas prix, qui compte 36 restaurants en France dont 28 en Île-de-France, affirme que son activité « ne relève pas d'une autorisation préalable de la municipalité ». Il déplore 14 contrôles de la police municipale en trois jours et souligne un contrôle sanitaire « réalisé dans des délais particulièrement rapides et s'étant conclu de manière pleinement satisfaisante ».
La position du maire
Sur le réseau social X, Karim Bouamrane justifie son opposition en refusant « qu'un établissement dégrade les conditions de vie des riverains », évoquant des livraisons tardives jusqu'à 2 heures du matin, des nuisances sonores et des odeurs. Il reproche également à Master Poulet de promouvoir la malbouffe, affirmant vouloir « que toutes et tous puissent accéder à une alimentation de qualité, dès le plus jeune âge ».
Une dimension politique
Le conflit a pris une tournure politique. Des élus de La France insoumise accusent le maire d'instrumentaliser la lutte contre la malbouffe pour favoriser une logique de gentrification. Le député LFI Éric Coquerel, qui s'est rendu samedi à Saint-Ouen pour soutenir l'enseigne, estime que la démarche vise à « favoriser des commerces proposant des prix qui ne sont pas abordables pour toutes et tous ».
Dernier épisode en date : le maire a fait installer vendredi plusieurs gigantesques pots de fleurs orange autour du commerce, en remplacement des blocs de béton. En réponse, Master Poulet a suspendu des banderoles sur sa façade, indiquant notamment : « Nous sommes ouverts. N'en déplaise à Karim… »



