Au Château La Fleur Cardinale, Caroline Decoster fait déguster ses millésimes tout en diffusant du rock'n'roll. Son concept, récompensé, s'adresse à tous et sollicite les cinq sens. « Sud Ouest » a testé cette formule qui dépoussière les grands vins bordelais.
Une expérience multisensorielle
L'expérience s'est déroulée exclusivement en présence de femmes amatrices de vin. Pour l'occasion, le club Ladies Wine avait réuni ses adhérentes à l'Hôtel Vatel, à Bordeaux, ce mardi 28 avril. Elles étaient toutes à l'écoute de Caroline Decoster qui, au sein du Château La Fleur Cardinale, à Saint-Etienne-de-Lisse, fourmille d'idées pour séduire les touristes.
Sa création la plus aventureuse s'intitule « La Mélodique ». Cette formule de dégustation associe tous les sens : la vue dans le cadre naturel de la propriété girondine, où est révélée la couleur du vin ; le nez pour sentir les arômes ; le goût qui détecte les saveurs ; le toucher pour la texture du breuvage ; et l'ouïe, pour écouter… du rock.
Au concours viticole créé par la Chambre de commerce et d'industrie de la Gironde, le concept a été récompensé le 7 novembre 2025 par un Best of Wine Tourism d'or dans la catégorie Découverte et innovation.
Déroulement de la dégustation
Dans la salle de l'hôtel Vatel, un verre du Château La Fleur Cardinale, millésime 2020, est servi à chacun. La chanson, dont la presse n'est pas autorisée à révéler le titre et l'auteur, débute. Interprétée par un grand groupe de rock, elle dure plus de cinq minutes. Au fil des séquences du morceau, sur les brèves indications de Caroline Decoster, le public est invité à sentir plusieurs fois le vin, puis à en boire des gorgées. À l'issue de la séance, les applaudissements retentissent ; les visages affichent étonnement et ravissement.
La genèse du concept
Dans un préambule, Caroline Decoster a expliqué au Club Ladies Wine la genèse de son concept œnotouristique développé à la Maison Cardinale, près de Saint-Emilion. Une chanson repose sur une mélodie, des interventions bien positionnées des instruments, du chant et une structure (intro, refrain, couplet, solo, pont…). Avec des moments de tensions, d'accalmie, de joie, de vivacité, de puissance… Un vin aussi a sa propre structure et offre une progression de sensations décidées par son producteur. Les arômes se révèlent au nez, se diversifient, puis ils explosent en bouche avant que la texture tanique se déploie dans le palais et que le vin n'exprime pleinement son caractère en rétro-olfaction.
L'idée originale de Caroline Decoster est d'associer mentalement et simultanément les séquences d'une chanson aux diverses sensations procurées par la dégustation. Ce qui implique des heures de recherches auditives avant de trouver la musique adéquate.
L'art de l'analogie
« Les fiches techniques me font pleurer, déclare la vigneronne. Cela éloigne nos visiteurs de notre vin. Je voulais trouver un langage commun, pour que ceux qui ne savent pas déguster puissent pleinement apprécier le vin sans être intimidés, relate Caroline Decoster. La musique et le vin partagent les mêmes mots. On parle d'harmonie, de notes, de finale, de structure, d'attaque… Le rock est consensuel, décontracté, sympa, il est familier à l'oreille du public. Et c'est un genre avec lequel je suis à l'aise », déclare celle qui pratique la basse et se réveille le matin en écoutant du hard rock et se couche avec de la musique classique.
« Je voulais trouver un langage commun, pour que ceux qui ne savent pas déguster puissent pleinement apprécier le vin », insiste-t-elle. Sa dégustation rock'n'roll se déroule autour de quatre millésimes de la propriété pour que le cerveau acquière des automatismes et puisse lâcher prise au bout des quatre chansons, toutes issues d'un même groupe dont le style correspond à l'esprit de la propriété : « Je ne passerai jamais du punk », sourit Caroline Decoster, fan de Led Zeppelin, Muse, Black Sabbath et Red Hot Chili Peppers.
Une approche novatrice
Venant de l'univers de la porcelaine, Caroline Decoster a su imposer son style au sein de la propriété viticole. « Ce qui n'est pas évident quand on est une belle-fille dans le milieu du vin », souligne une des responsables de Ladies Wine. Château La Fleur Cardinale a été racheté par la famille limousine de son mari Ludovic en 2001. Cinq ans plus tard, il a accédé au rang de Grand Cru classé de Saint-Emilion. Et l'œnotourisme a été totalement repensé, en incluant les idées loufoques de Caroline. « C'est une force de ne pas être bordelais d'origine, dit-elle. Mes beaux-parents et mon mari me laissent faire tout ce que je veux. »
Le Club Ladies Wine
L'association Ladies Wine a été créée en 2018 par Estelle de Pins, qui dirige une entreprise de conseil dans la filière viticole. 350 adhérentes sont membres de différentes antennes implantées dans les vignobles français. Celle de Bordeaux est la plus développée. « Depuis que je suis entrepreneuse, dit la fondatrice, j'ai constaté qu'en tant que femme, on est déconsidérée, on ne nous prend pas au sérieux, les décisions sont prises par des hommes. » Son club vise à créer un réseau de professionnelles partageant leurs expériences dans le vin.



