Leïla Lacan : bien plus qu'une basketteuse
Ses prestations, que ce soit avec Basket Landes, en équipe de France ou en WNBA, font couler beaucoup d'encre. Mais qui est vraiment Leïla Lacan en dehors des parquets ? Elle a accepté de se livrer un peu, à l'occasion d'un match décisif dans la finale qui oppose les Landaises à Bourges, ce vendredi 15 mai à 20 h 45.
Sur ses bras, un papillon et un ours s'animent lorsqu'elle accélère le rythme, annonce le système, défend avec hargne ou décoche un tir à trois points d'une douceur exquise. Leïla Lacan, si discrète une fois sortie du terrain, accepte de décrypter la signification de ces tatouages. Cela faisait partie des questions que l'on souhaitait lui poser depuis longtemps. La jeune femme, figure incontournable du collectif de Basket Landes depuis deux saisons, y a trouvé un rôle de cheffe d'orchestre plutôt que de soliste, faisant résonner la symphonie bleu et blanc lors de la saison 2025-2026.
Une image à la fois évidente et nimbée de mystère, accessible et lointaine. On n'ose pas déranger, mais l'intérêt est immanquablement suscité. Finalement, il suffisait de demander : Leïla hoche la tête, faisant osciller sa queue-de-cheval haute en forme de pompon. Elle baisse sa chaussette droite pour dévoiler un autre tatouage, de petites étoiles qui symbolisent son prénom, Leïla signifiant « nuit » en arabe. Le papillon au creux de son bras gauche ? « Il n'a pas vraiment de signification, je le trouvais juste joli. » L'ours sur son coude droit, en revanche, compte beaucoup pour elle. Un plus petit ours est lové à l'intérieur, comme protégé par l'ombre du plantigrade. « Il représente mon grand-père et le petit, c'est moi. Quand j'étais petite, il nous chantait, à moi, mes sœurs et mes cousins, ''La Chanson de l'ours''. »
Un grand-père et une famille unis
Ce grand-père paternel, prénommé Raymond, est décédé en 2020. Leïla l'a peu connu, « cela faisait des années qu'il avait perdu la mémoire », mais il reste une personne très importante pour la basketteuse originaire d'Onet-le-Château, en Aveyron. C'est pour lui qu'elle a troqué le numéro 32, porté lors de sa première saison dans les Landes, pour le 42, l'année de naissance de son aïeul, qu'elle avait déjà choisi en équipe de France.
Sa famille, Leïla en parle avec douceur. Sa grande sœur, de sept ans son aînée, qu'elle a suivie au basket à tout juste 4 ans. La plus petite, « ma demi-sœur, on a le même père », précise-t-elle, qui, à 11 ans, a d'abord préféré le football. « Elle a arrêté, je crois qu'elle veut faire du surf maintenant. »
Et ses parents. Séparés quand elle était enfant mais toujours présents, ensemble, pour l'accompagner dans ce choix ni banal ni simple à assumer d'être sportive de haut niveau, elle qui ne savait pas quoi faire après son bac maths, sciences économiques et sociales et anglais. « Je sais qu'ils sont fiers de moi. Mais je ne vis pas pour eux. Je n'attends pas leur approbation. C'est une chance d'avoir des parents qui m'ont toujours soutenue sans me pousser comme d'autres peuvent faire. » Une indépendance souhaitée et assumée, à un âge où il n'est pas aisé de quitter le nid. « Je ne les appelle jamais. J'ai pris cette habitude. Je suis partie tôt de la maison (pour Toulouse puis l'Insep) et c'était dur. Ne pas leur téléphoner était un moyen de me protéger, car c'était trop douloureux. »
Une âme casanière
Un ange passe. Elle remonte le fil de sa mémoire. « Je vivais avec ma mère, mais mon père m'amenait et me ramenait de l'école tous les jours. On avait nos habitudes dans une petite pâtisserie pour le goûter. C'est lui qui m'a plus poussée vers le sport, lui jouait au rugby. » A-t-elle jamais songé à l'imiter ? « Pas du tout ! C'est trop violent. Petite, j'ai fait de la natation mais franchement, je n'aimais pas ça. D'ailleurs je ne nage plus, je me baigne, ce n'est pas pareil (rire). J'ai aussi fait du karaté, mais c'était le mercredi après-midi et il a fallu choisir car c'était en même temps que le basket. » Un choix facile : « Il y avait des combats le week-end mais je n'y allais jamais car j'avais peur. »
Intrépide sur les parquets, capable de jouer avec un nez cassé – et tant pis pour le masque de protection, qui la gênait – Leïla est de nature paisible, très calme dès qu'elle ôte sa tenue de sport. « Oui, on peut dire qu'il y a deux Leïla, très différentes. En fait, je suis très casanière, j'aime rester tranquille, chez moi. » Que fait-elle ? « J'ai mes périodes où je lis et d'autres, assez longues, où je ne lis pas du tout. En ce moment, je préfère regarder des séries comme ''Ginny et Georgia'' ou ''The Mentalist''. J'aime aussi beaucoup cuisiner. » Des plats de son enfance qu'elle essaie de reproduire, mais surtout des pâtisseries. Ses spécialités, dont elle régale ses coéquipières, qu'elle aime recevoir chez elle, dans sa petite maison avec patio ? « La galette frangipane et le carrot cake. »
Le Tchad, ses racines
S'il y a des regrets liés à sa carrière de basketteuse, ce serait de ne pas pouvoir pratiquer le parapente et le saut en parachute, proscrits par son contrat. « Le ski aussi. J'aime les sensations de glisse. » Et celui de ne pas assez voyager pour son plaisir. « Je n'ai pas beaucoup de vacances mais ça m'arrange. Je trouve que c'est plus facile de ne pas avoir de pause, car les reprises sont toujours difficiles. Tu ne te défatigues jamais », sourit-elle. Elle a néanmoins été au Cap-Vert, en Bosnie. Rêve d'aller au Japon, aux Philippines. Et au Tchad, aussi, le pays de ses racines maternelles. « Ma mère y est née et y a vécu jusqu'à ses 20 ans. Elle y a connu mon père qui y était pour le travail et voilà. J'y ai encore une grande partie de ma famille et ma sœur y vit. J'y suis allée toute petite, puis en 2012, mais je ne connais pas, sauf ce que ma mère m'en partage. J'en parlais aussi avec Clarince (Djaldi-Tabdi, l'ancienne capitaine de BL) qui était très fière de ses origines. Moi aussi, j'en suis fière, c'est une partie de moi et j'espère mieux la connaître un jour. »
14 janvier 2026. Il reste quelques secondes et Leïla Lacan réalise que Basket Landes vient de terrasser le grand Fenerbahçe. Tout est dit sur son visage : le bonheur simple d'avoir vécu un super moment avec ses copines.
En attendant, elle devrait s'envoler pour les États-Unis aux alentours du 25 mai pour y disputer sa deuxième saison avec le Connecticut Sun. « J'aurai quelques jours pour récupérer du décalage horaire avant mon premier match. » Pour autant, pas question pour elle d'y songer déjà, tel un papillon qui volette allègrement. « Chaque chose en son temps, on a d'abord ce match contre Bourges à gagner pour jouer le titre dimanche. » Leïla Lacan a définitivement les pieds bien arrimés au sol, comme cet ours rassurant sur sa peau l'y invite. Une jeune femme de 22 ans pas si timide, pas du tout hésitante, juste un peu discrète. Entre ombre et lumière. Tout dépend des circonstances.



