Le Festival de Cannes 2026 s'ouvre sur une note polémique avec la présentation de «Fatherland», le nouveau film de Pawel Pawlikowski. Le réalisateur oscarisé pour Ida et Cold War revient avec une œuvre qui explore les dérives du masculinisme contemporain. Le film suit un professeur d'histoire, interprété par un acteur britannique renommé, qui voit son monde s'effondrer lorsqu'il est accusé de harcèlement par une étudiante.
Un récit à la première personne
Pawlikowski choisit un parti pris narratif audacieux : le film est entièrement raconté du point de vue du protagoniste masculin. Le spectateur est plongé dans ses pensées, ses justifications et ses doutes. La critique a rapidement qualifié cette approche de «man-splaining», un terme qui désigne une explication condescendante et non sollicitée. Le réalisateur assume ce choix et le défend comme une tentative de comprendre les mécanismes de la pensée masculine toxique.
Une mise en scène minimaliste
Le film se distingue par une mise en scène épurée, avec des plans séquences longs et une photographie en noir et blanc. Pawlikowski utilise le silence et les non-dits pour accentuer le malaise. Les dialogues sont réduits à l'essentiel, laissant place à l'expression des visages et des corps. Cette esthétique rappelle ses précédents films, mais ici elle sert un propos plus politique.
Le casting est remarquable, avec des acteurs polonais et internationaux. La performance de l'acteur principal est saluée pour sa capacité à incarner à la fois la fragilité et l'arrogance. Les seconds rôles, notamment celui de l'étudiante, apportent une profondeur nécessaire à la narration.
Des réactions contrastées
Les premières critiques sont partagées. Certains saluent le courage de Pawlikowski de s'attaquer à un sujet sensible avec une approche originale. D'autres dénoncent un film qui, malgré ses intentions, tombe dans le piège de donner une plateforme au point de vue de l'agresseur. «C'est un film nécessaire, mais dangereux», écrit un critique de Variety. La question de la réception par le public reste ouverte.
Le film s'inscrit dans une tendance récente du cinéma européen à aborder les questions de genre avec complexité. Pawlikowski, connu pour son regard acéré sur l'histoire polonaise, étend ici sa réflexion à la société contemporaine. «Fatherland» explore les notions de culpabilité, de rédemption et de masculinité dans un monde en pleine mutation.
Une œuvre polémique mais nécessaire
Au-delà de la polémique, le film pose des questions essentielles : comment le système judiciaire traite-t-il les accusations de harcèlement ? Quelle place pour la présomption d'innocence dans l'ère #MeToo ? Pawlikowski ne donne pas de réponses faciles, préférant laisser le spectateur dans l'ambiguïté. Le titre «Fatherland» lui-même est une référence ironique à la patrie, mais aussi à la figure paternelle et à l'autorité.
La projection cannoise a été suivie d'un débat animé entre le réalisateur et le public. Pawlikowski a défendu son film avec passion, affirmant que «le cinéma doit provoquer, déranger et faire réfléchir». Il a également souligné que le film ne cherche pas à excuser les comportements toxiques, mais à les comprendre pour mieux les combattre.
En conclusion, «Fatherland» s'annonce comme l'un des films les plus discutés de la compétition cannoise. Qu'on l'apprécie ou non, il force à une introspection sur les rapports de genre et les mécanismes de pouvoir. Pawlikowski confirme son statut de cinéaste majeur, capable de mêler esthétique et engagement.



