Pourquoi les oiseaux suivent les tracteurs : une stratégie de survie
Pourquoi les oiseaux suivent les tracteurs

Les oiseaux suivent les tracteurs pour profiter des proies mises au jour par les machines agricoles, une stratégie opportuniste qui peut toutefois s'avérer dangereuse pour les espèces nichant au sol, selon une enquête du magazine Le Monde des Animaux.

Une source de nourriture facile d'accès

Le tracteur ne crée pas de nourriture : il la rend accessible. Une charrue expose vers, larves et insectes enfouis. Une faucheuse supprime le couvert où se cachent sauterelles, escargots, amphibiens ou petits rongeurs. D'autres animaux, blessés ou contraints de fuir, deviennent plus faciles à repérer. Après une moisson, des graines tombées au sol attirent aussi les espèces granivores.

Tous les oiseaux n'exploitent donc pas le même « menu ». Les hérons gardes-bœufs recherchent surtout des insectes. Les cigognes blanches saisissent aussi de petits vertébrés. Mouettes, goélands et corvidés profitent, selon le lieu, d'une nourriture variée. Leur point commun est l'opportunisme : suivre l'engin réduit le temps passé à chercher des proies cachées.

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Le rôle de l'odorat chez les cigognes

La vue du tracteur, son bruit ou l'arrivée d'autres oiseaux peuvent signaler cette occasion de se nourrir. Mais ces indices n'expliquent pas comment des cigognes parfois éloignées et privées de tout contact visuel avec le champ découvrent qu'il est en train d'être fauché. Chez la cigogne blanche, les chercheurs ont mis en évidence un autre sens longtemps sous-estimé chez les oiseaux : l'odorat.

Dans le sud de l'Allemagne, près du lac de Constance, des chercheurs ont voulu comprendre comment les cigognes repéraient les prairies fraîchement fauchées. Depuis un avion, ils ont suivi environ 70 oiseaux. Ils se sont concentrés sur ceux qui étaient trop éloignés pour voir ou entendre le tracteur et qui ne pouvaient pas être guidés par d'autres oiseaux. Seules les cigognes que le vent atteignait après être passé au-dessus de l'herbe coupée ont rejoint le champ. Celles qui se trouvaient dans la direction opposée n'ont pas réagi.

Pour vérifier que l'odeur expliquait bien leur arrivée, les chercheurs ont répandu de l'herbe fraîchement coupée dans une autre prairie, puis diffusé ailleurs un mélange reproduisant cette odeur. Dans les deux cas, des cigognes se sont approchées alors qu'aucun tracteur n'était en train de faucher. Elles peuvent donc repérer à distance l'odeur libérée par l'herbe coupée et l'associer à une occasion de se nourrir.

Un repas facile, mais pas sans danger

La nourriture rendue accessible par le tracteur semble même modifier la réaction des cigognes au danger. En Pologne, des chercheurs se sont avancés à pied vers des cigognes blanches pour mesurer la distance à laquelle elles s'envolaient. Lorsque des machines agricoles coupaient l'herbe à proximité, les oiseaux attendaient plus longtemps avant de fuir. Ils acceptaient donc une présence humaine plus proche pour continuer à profiter des proies mises au jour.

Cette occasion de se nourrir ne signifie pas pour autant que les travaux agricoles profitent à tous les oiseaux. Les espèces capables de s'envoler peuvent éviter la machine et revenir derrière elle. Celles qui nichent au sol sont bien plus vulnérables. Le tarier des prés, par exemple, construit son nid au sol, dans la végétation. Même après leur sortie du nid, ses jeunes restent cachés plusieurs jours dans les hautes herbes et ne peuvent pas toujours échapper aux machines.

Si ces pertes se répètent chaque année sur de vastes surfaces, trop peu de jeunes survivent pour renouveler la population. Dans une région allemande, le nombre de mâles chanteurs est ainsi passé de 48 à 5 entre 2005 et 2011 sur un site exploité intensivement. Le succès de la reproduction n'y atteignait que 38 %, contre 82 % dans une zone où les prairies étaient gérées de manière plus traditionnelle. Les chercheurs soulignent notamment l'importance de ne pas couper l'herbe avant que les jeunes soient assez mobiles.

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Ces rassemblements spectaculaires peuvent être trompeurs. Ils indiquent que des proies sont momentanément faciles à capturer, pas que les pratiques agricoles sont favorables aux oiseaux. Pour en mesurer les effets, il ne suffit donc pas de compter les adultes attirés derrière les machines : il faut aussi regarder combien de jeunes survivent jusqu'à l'envol. Une prairie peut offrir un repas abondant pendant quelques heures tout en contribuant au déclin d'une espèce si les travaux y détruisent régulièrement les nichées.