Le petit train touristique, un objet culturel qui séduit toutes les générations
Petit train touristique : l'attraction qui séduit toutes les générations

« C'est pour les touristes », lance Léa, 12 ans, peu convaincue avant de monter à bord du petit train touristique qui parcourt les ruelles d'Aix-en-Provence. Mais après 45 minutes de balade entre églises, fontaines et calissons, l'adolescente admet que l'expérience fut plus agréable que prévu. Avec sa sœur et sa grand-mère, elle fait partie de la vingtaine de passagers installés dans les trois wagons crème et vert, ce mercredi matin ensoleillé.

Contrairement aux badauds qui dévisagent l'engin, les passagers n'ont pas d'a priori sur cette attraction née au début du XXe siècle. « Ce n'est pas kitsch, c'est assez sérieux », assure Vincent, le chauffeur, qui partage sa cabine le temps du second circuit dédié au peintre Paul Cézanne.

Un rituel de vacances

Après 37 ans de carrière de routier, Vincent se « régale » au volant du petit train, déclenchant les commentaires enregistrés au bon moment tout en effectuant des manœuvres impressionnantes. Ce véhicule 100 % électrique effectue sept trajets quotidiens avec en moyenne 15 à 20 personnes par voyage. En pleine saison, la cadence monte à neuf rotations avec deux trains mobilisés, toujours complets selon lui.

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À bord, on trouve une famille espagnole, un trio de retraitées, et Mathilde, une jeune étudiante de la Loire accompagnée de sa mère. Pour ces deux femmes, le petit train est un rituel. « Dès qu'on arrive en vacances, peu importe la ville, on le fait. Cela nous donne un aperçu des lieux à voir », confie Séverine, la mère. Cette vue d'ensemble soulage aussi les jambes de Sabine et Jules, qui n'ont que 48 heures pour découvrir la ville. « C'est un bon compromis pour voir un maximum de choses en peu de temps », explique la retraitée francilienne. Depuis deux ans, « avec l'âge », le petit train est devenu une habitude de voyage.

Un objet culturel

« Ça rend service. Pour quelqu'un qui veut découvrir une ville, il n'y a pas mieux », souligne Vincent, actionnant sa cloche pour écarter les piétons. Sa clientèle varie selon les saisons : familles en été, retraités hors saison, parfois en groupes. Les adultes paient 12 euros, les enfants 6. « L'époque où les gens se moquaient des touristes dans le petit train est révolue », assure Ludovic Raes, président du Syndicat national des petits trains routiers touristiques (SNPTRT) et gérant de France Voguette, qui exploite les trains de Cassis, Aix, Menton, Nice et Bordeaux.

Le SNPTRT représente 490 petits trains et 125 entreprises. L'autre syndicat, créé en 1995, défend un millier de véhicules sillonnant les villes françaises. « Le promène-couillon a disparu pour laisser place à un objet culturel qui a sa place dans les villes, défend Raes, qui a repris le train de son père. Pour perdurer, on ne peut pas offrir un contenu médiocre. »

Innover pour durer

Fini le commentaire improvisé au micro. Ludovic Raes évoque une « professionnalisation » des petits trains, avec des itinéraires mêlant « effet wow » et anecdotes culturelles, soutenus par les communes. L'innovation est continue : commentaires scénarisés validés par des guides, effets sonores, électrification, récits pour enfants, casques multilingues, et bientôt peut-être des hologrammes. « Vous ne pouvez pas, surtout dans le tourisme, fonctionner sur vos acquis », insiste-t-il.

Le tour en petit train répond aussi à l'évolution des habitudes touristiques. « Les clients veulent bouffer de la culture, cocher des cases, un chronomètre à la main », note Raes, un brin nostalgique. En une heure, les passagers ont leur dose d'anecdotes et de lieux célèbres. Cela séduit même les locaux, comme Dina et Leïla, deux Aixoises venues avec leurs enfants. « On a découvert la ville autrement, les enfants ont appris des choses qu'ils ignoraient, et nous aussi », confie l'une d'elles.

Au détour d'une place avec une fontaine, le train dépasse un groupe de touristes à pied derrière leur guide. Eux aussi portent des casques audio, mais ne profitent pas de la brise qui s'engouffre dans les wagons.

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