Thierry Marx alerte sur la fracture sociale derrière les fast-foods
Plutôt que de s'en prendre à une chaîne de fast-food en particulier, Thierry Marx pose un débat plus large qui s'adresse aux élus. Le chef étoilé a vu s'ouvrir une enseigne Master Poulet quasiment en face de son restaurant Le Bouillon du coq, à Saint-Ouen, en région parisienne. Contre toute attente, ce n'est pas « un cauchemar » pour celui dont la carte propose des prix bien plus élevés. Thierry Marx voit ces chaînes comme un symptôme de la société.
« Le cauchemar pour moi, il est sur la fracture sociale, il est sur la paupérisation de la société », explique-t-il dans l'émission ABC Talk présentée par Florence Belkacem.
Une alimentation à deux vitesses
Ce type de fast-food est avant tout « une réponse sociale ». « On a aujourd'hui en France des fast-foods – et je ne parle pas que de cette enseigne – qui représentent 20 milliards d'euros de revenus. C'est-à-dire que pour la deuxième année de suite, les fast-foods font plus d'argent que la restauration assise, commerciale. Donc ça veut dire qu'il y a une réponse sociale, de manger en gros pour 6,90 euros en dehors du champ d'application d'un restaurant », expose-t-il.
Thierry Marx constate qu'il y a aujourd'hui « une alimentation à deux vitesses ». Il compare avec les années 1970, où tout le monde, « de l'ouvrier au petit patron », allait au restaurant car un repas représentait « une heure de salaire minimum », ce qui n'est plus le cas. « C'est là où l'État n'a pas joué son rôle. Aujourd'hui, l'heure du salaire minimum, elle est dans les fast-foods, elle est dans le snacking », détaille-t-il. Il revient sur « la fracture sociale » : « il y a une alimentation pour les gens qui vont bien et ont un reste à vivre suffisant, et une alimentation assez destructrice pour les gens qui disent "6,90 euros, c'est le seul moyen que j'ai pour pouvoir manger à l'extérieur de chez moi" ».
Le péril sanitaire
Cette fracture sociale devient un problème sanitaire, avec « un taux d'obésité qui a explosé en France » et « un taux de diabète de type 2 qui a explosé chez les mineurs, donc avec des pathologies de maladies civilisationnelles qui vont aller de mal en pis ». En parallèle, « on s'aperçoit que 19 milliards d'euros sont liés à la malbouffe » dans le PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale), ajoute Thierry Marx, qui évoque également l'impact sur la qualité de vie.
« Quand vous venez d'acheter un appartement ou que vous louez un appartement au premier étage avec un kebab, un poulet frit, et que sais-je, avec, de 11h le matin à 1h ou 2h du matin, en bas de chez vous des scooters et des vélos qui viennent pour des livraisons, je ne suis pas sûr que ça apaise la situation sociale ».



