Lina a toujours entendu parler arabe à la maison, mais sa maîtrise de la langue reste approximative. Si elle a d'abord repoussé cet héritage par peur du regard de sa propre famille et en raison du racisme ambiant en France, elle est aujourd'hui fière de sa culture maghrébine. Dans le dernier épisode de notre série « Ma langue étrangère », elle témoigne de ce lien complexe.
Un héritage linguistique douloureux
« L'arabe est le passe d'entrée pour se rapprocher de la culture maghrébine qui est très basée sur l'oralité », confie Lina. Pourtant, ce rapport à la langue est empreint de honte. « Je suis quelqu'un de peu susceptible, mais quand on me corrige en arabe, ça me pique. La honte, c'est ce qui englobe mon rapport à l'arabe. Tu as beau avoir les origines, si tu ne parles pas la langue, tu n'es pas un vrai Maghrébin... », explique-t-elle.
Née en France de père marocain et de mère algérienne, Lina se décrit comme étant « dans un entre-deux ». Ses parents lui ont parlé à la fois français et arabe. « Mon père est venu du Maroc pour ses études, tandis que ma mère est arrivée d'Algérie dans la trentaine. Tous les deux sont très attachés à la culture », raconte-t-elle.
De la honte à la fierté
Longtemps, Lina a repoussé l'arabe, craignant le jugement de sa famille et subissant le racisme ambiant. Mais aujourd'hui, elle affiche une nouvelle fierté pour ses racines. « Je veux mieux maîtriser l'arabe pour me rapprocher de ma culture, de ma famille et de moi-même », confie-t-elle. Cette langue, qu'elle considère comme un héritage à perpétuer, est devenue pour elle un symbole de résilience et d'identité.
Son témoignage s'inscrit dans une série de cinq épisodes où des personnes partagent leur relation avec une langue familiale qu'elles regrettent de ne pas parler parfaitement. De Dina et le persan à Juliette et le vietnamien, en passant par Anna et le japonais, ces récits illustrent les défis de la transmission linguistique dans un contexte migratoire.
Lina conclut : « Quand je pourrai lire un roman en arabe, je serai vraiment en paix. » Un objectif qui montre que, malgré les obstacles, la langue reste un pont vers les origines.



