La vallée de la Gordolasque, située à 1h30 de Nice dans l'arrière-pays, connaît un afflux record de randonneurs venus de toute l'Europe et même au-delà. Ce phénomène, amplifié par le bouche à oreille numérique et l'intelligence artificielle, transforme cette vallée du Mercantour en destination prisée, attirant des visiteurs toujours plus diversifiés.
Des randonneurs du monde entier guidés par l'IA et les réseaux sociaux
Olga Sheleshkova, violoniste ukrainienne, et Margarita Rumyantseva, d'origine russe, toutes deux membres de l'orchestre symphonique de Düsseldorf, ont découvert la vallée grâce à ChatGPT. « Nous voulions voir la vallée des Merveilles, explique Margarita, 37 ans. J'ai demandé à ChatGPT où faire une belle randonnée près de Nice et de Villefranche-sur-Mer. Il nous a dit que le Mercantour était un très bel endroit. » Leur hôte de La Pierre bleue, à Saint-Martin-Vésubie, les y a conduites, illustrant le cocktail gagnant de l'IA et de l'hospitalité humaine.
Au pont du Countet, sur les sentiers menant au refuge de Nice ou au lac Autier, Olga et Margarita ne sont pas seules. La vallée attire un flot toujours plus dense de visiteurs, en quête de fraîcheur mais aussi d'aventure. Éric Dallet, gardien bénévole à la cabane de la série « Belle et Sébastien », observe : « Tout a changé après le confinement. Tout un public qui n'en pouvait plus d'être enfermé a sauté sur la montagne. Le problème, c'est que cette population n'en a aucune connaissance. »
Nouvelles nationalités et nouveaux comportements
Les plaques d'immatriculation sur le parking témoignent de cette diversité : Tchéquie, Slovaquie, Hongrie, Pologne, mais aussi Afghanistan, Salvador. Coralie Mattéo, conseillère en séjour au point d'information de la Gordolasque, voit défiler des touristes du monde entier, en plus des Azuréens. « Internet ou le bouche à oreille, les réseaux sociaux, surtout Instagram », explique-t-elle. Les visiteurs sont conquis : « Les gens disent : Waouh, c'est magnifique ! Le cadre est idyllique ! C'est spectaculaire ! »
Massy Adhar, 19 ans, étudiant en pharmacie à Toulon, a fait son premier trek avec un ami près du lac Autier. « On connaissait de nom. Sur les réseaux sociaux, on voyait passer des photos et vidéos un peu stylées. On a voulu expérimenter nous-mêmes, par goût de l'aventure, et pour changer d'air. Quand on le voit de ses propres yeux, c'est encore plus stylé ! » Malgré une nuit très froide, il retient la beauté des lacs et la rencontre avec des bouquetins.
Applications et tutos YouTube : les nouveaux outils des randonneurs
Gary, 23 ans, Niçois, a découvert ce trajet sur l'application AllTrails. « La culture rando, c'est venu dans la jeunesse avec les parents. À présent, on utilise les nouveaux outils », témoigne-t-il. Il emmène Lorie, 20 ans, pour sa première randonnée. Une fois là-haut, le réseau est parfois capricieux, mais Gary tempère : « Un ou deux jours, c'est très court. On a toujours le téléphone, on prend des photos qu'on postera plus tard... Mais c'est toujours sympa de sortir de la ville. »
Isabelle Chappaz, 62 ans, ex-accompagnatrice en montagne, venue de la Colle-sur-Loup, a constaté l'affluence : « Il y a beaucoup plus de monde dans cette vallée depuis qu'il n'y a plus la Madone. » Elle ajoute : « C'est vrai que tout est plus compliqué. Il faut anticiper le parking, on sait qu'on ne sera pas seul là-haut... Mais c'est relativement sympa de partager ! »
La faune sauvage, un vecteur d'attraction puissant
Pauline Fairon et Martial Meilleur, 24 ans chacun, venus de Bruxelles, ont fait seize heures de route pour un trek de quatre jours et trois nuits. « Le Mercantour et la vallée des Merveilles sont assez réputés. Les gens partagent leur expérience sur des blogs », témoignent-ils. Ils comptent bien « en parler à [leurs] amis et [leurs] familles. Chamois, bouquetins, marmottes, vaches, moutons... Il y a une quantité d'animaux absolument incroyable ! »
François Otto-Bruc, 69 ans, accompagnateur en montagne depuis près de quarante ans, confirme : « Les Savoyards, comme les Suisses, disent qu'on voit les bouquetins et les chamois beaucoup plus facilement chez nous. »
Les habitants entre fierté et inquiétude
Aline Giuglaris, 83 ans, doyenne du conseil municipal de Belvédère, se souvient des années 50 « où l'on montait à pied du village et on restait là-haut pour la saison. Quand j'étais petite, il n'y avait pas de touristes... » Aujourd'hui, des familles de Prague pique-niquent, des instagrammeuses se prennent en selfie, et certains ne descendent même pas de leur voiture. Aurélie, 47 ans, habitante de la Gordolasque, observe : « Le changement est rapide. Certains viennent prendre la photo et ne descendent même pas forcément de la voiture ! » Elle conclut : « Partager sa vallée, c'est bien. Mais il ne faut pas la dénaturer. Ce serait bien qu'elle garde toute sa beauté. »



