À Saint-Émilion, le château Angélus a profité de la période des primeurs pour inaugurer un cuvier spectaculaire avec 22 cuves suspendues au plafond. Le château Angélus, qui s'étend sur 30 hectares, avait déjà une particularité depuis 2012 : un grand campanile avec ses cloches dorées. Que l'on soit un visiteur norvégien, camerounais ou brésilien, on peut faire carillonner son hymne national rien que pour soi, de quoi se sentir flatté et garder des souvenirs.
Un cuvier innovant pour les primeurs 2025
Ce cru de l'élite a encore marqué les esprits lors de la semaine des primeurs, fin avril 2026, qui a vu des milliers de professionnels du monde entier venir déguster et jauger le millésime 2025. Comme chaque année, des propriétés s'appuient sur cette période où les projecteurs sont braqués sur le Bordelais pour inaugurer de nouvelles installations. Une centaine d'invités (clients, prescripteurs, relations) ont ainsi découvert un chai construit en sous-sol et pour le moins spectaculaire. Une soirée à la mise en scène millimétrée, avec danseurs et images projetées sur les murs et les cuves.
Un intérêt qualitatif majeur
Devant les visiteurs, les cuves sont suspendues au plafond, alors qu'elles sont habituellement posées au sol. Sur les 30 cuves nouvellement installées dans la propriété, après quatre ans de travaux, 22 flottent au-dessus des têtes, à trois mètres du sol. Elles sont de forme tronconique inversée. Hubert de Boüard, le propriétaire, avait lancé cette technique originale il y a une quinzaine d'années au château La Fleur de Boüard (AOC Lalande-de-Pomerol). Elle avait ensuite été mise en place au chai Carillon, du nom du deuxième vin d'Angélus, situé près de Castillon-la-Bataille, puis quelques années plus tard au château Grand-Puy Ducasse (AOC Pauillac), dont le conseiller n'est autre qu'Hubert de Boüard. Non loin de là, à Saint-Julien, la famille Maroteaux a également adopté ce système particulier pour son château Branaire-Ducru.
« Le principal intérêt est qualitatif : lors des vinifications, le chapeau de marc (peaux, pépins) est plus étalé et donc sa surface de contact avec le jus, qui est juste au-dessous de lui, est plus grande. Cela permet de meilleures extractions », indique celui qui est œnologue conseil dans le monde entier. À Angélus, le travail se fait par le haut des cuves, et en premier lieu l'arrivée de la vendange. Tout ce process a également pour objectif de ne pas utiliser de pompes, des outils qui pourraient triturer les raisins et le vin, et donc jouer sur la qualité. C'est là tout un travail effectué par gravité dans les chais, comme cela est devenu la norme aujourd'hui.
Toujours pour extraire le meilleur des marcs, une cuve montée sur une voiturette réceptionne le vin sous la cuve, puis prend un ascenseur et va ensuite le verser par-dessus elle. Une alternative technique aux cuves-ascenseurs que l'on trouve par exemple aux châteaux Cos d'Estournel (AOC Saint-Estèphe) ou Lynch-Bages (AOC Pauillac).
Un dispositif unique en Gironde
« Avec des cuves suspendues, l'occupation de l'espace dans le cuvier est optimisée. C'est plus ergonomique pour travailler. Il y a aussi un attrait esthétique à tout ce dispositif. Les avantages sont nombreux », complète Benjamin Laforêt, le jeune responsable technique qui s'occupe des 132 hectares (dont trois de vin blanc) que la famille de Boüard exploite au total dans tout le Saint-Émilionnais. Avec Stéphanie de Boüard-Rivoal, fille d'Hubert de Boüard, aux commandes.
Sur les 22 cuves suspendues, 12 sont en inox, six en ciment et quatre en bois de chêne. La présence des trois matériaux dans un cuvier suspendu est unique en Gironde. « Chacun a ses avantages et ses inconvénients, poursuit Benjamin Laforêt. Nous préférons les cuves en béton pour vinifier nos cabernets francs, alors que les vieux merlots se plaisent mieux dans les cuves en bois. »
Les vins les plus qualitatifs s'élaborent avec précision. Avec son sol clair et ses murs blancs, ce cuvier suspendu recevra en septembre sa première récolte. Angélus a par ailleurs refait ses extérieurs, avec une entrée digne d'un des plus grands châteaux de Saint-Émilion. (1) Angélus est sorti du classement de Saint-Émilion en 2022. (2) Les composés essentiels (tanins, couleur) se trouvant dans les peaux sont transmis au jus. (3) Olivier Chadebost est l'architecte.



