À la salle Brama de Talence, le rituel hebdomadaire de la distribution de l’Amap Petal permet, depuis 2005, de soutenir les producteurs locaux tout en favorisant une alimentation de saison en circuit court. Il est 19 heures, en ce mercredi d’avril, jour de distribution à l’antenne « nord » de l’Association pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap) Petal de Talence. Ici, pas de stress à chercher sa place de parking, ou à plonger tête la première dans la boîte à gants pour retrouver ce fichu jeton de chariot.
Un cadre apaisant en pleine ville
En pleine ville, un rectangle de verdure, visible depuis la passerelle de la rue Roustaing, entoure la salle Brama, aimablement mise à disposition par les Scouts et Guides de France. On y vient à vélo, sac en bandoulière et sourire aux lèvres. Le rituel est bien huilé, c’est le principe de l’Amap : fruits, légumes et autres produits selon la saison en circuit court, directement du producteur au consommateur. Où l’on cultive aussi un certain art de vivre, ensemble.
Des bénévoles au cœur du dispositif
Catherine Joanlanne, l’une des bénévoles de l’association, déambule tout sourire entre les étals, répartis entre la cour et l’intérieur du local. Elle propose un verre de jus de fruits, bio évidemment, aux nouveaux venus et aux bénévoles qui assurent le relais des producteurs. Pour ces derniers, la journée a été longue et le coup de main est bienvenu. Talence est par exemple la cinquième et dernière étape pour Abel Tite après Libourne, Bègles, Floirac et Talence sud selon une ligne tracée depuis sa ferme des Jarouilles à Coutras.
Les producteurs témoignent
Abel Tite, producteur laitier à Coutras, est aidé par une bénévole de Talence pour vendre ses produits lors de la distribution hebdomadaire. Producteur de lait de vache et de chèvre, il est l’un des pionniers du lieu, présent depuis une vingtaine d’années. « Les Amap sont les piliers de la ferme », affirme celui qui a repris l’exploitation familiale au début des années 2000 pour se lancer dans la transformation laitière. « C’est un autre esprit, une autre façon de réfléchir. Le noyau des Amapiens est très solide, même s’il y a aussi du renouvellement. »
Dans les Amap, on ne discute pas les prix, on partage les aléas de la production. C’est du gagnant-gagnant : les consommateurs sont assurés de bénéficier de produits locaux pour une alimentation saine et accessible en échange d’un engagement à l’année.
Pour la maraîchère Solène Duffour, de la ferme des Robins à Saint-Ciers-du-Taillon près de Jonzac (17), l’Amap est une bouffée d’oxygène. « Cela fait un an pile que je viens ici. Cela me donne une sécurité de l’emploi à l’année. On livre exactement ce qui est commandé. » Ancienne de la restauration, elle a « profité » d’être bloquée dans un hôtel à l’autre bout du monde pendant le Covid pour réfléchir à la suite. Aujourd’hui, elle a donné une nouvelle vie à la ferme de son grand-père. « Il vit toujours à mes côtés, il est ravi de voir la ferme revivre », glisse-t-elle. Avec un hectare de maraîchage, le système amapien lui va bien : « On est au maximum de ce qu’on peut produire. »
Une trésorerie sécurisée pour les artisans
Un peu plus loin, l’histoire d’Anne Furet, l’une des quatre boulangères de la coopérative La Collective à Latresne, ressemble à celle de Solène. « Je suis boulangère depuis cinq ans, j’étais juriste avant », s’amuse-t-elle. Elle aussi trouve dans l’Amap un modèle économique protecteur. « Cela nous offre une vraie sécurité, une trésorerie à l’année avec des clients fidèles sur le long terme. » À La Collective, le pain au levain est pétri dès 5 heures du matin, enfourné entre 11 et 13 heures, il arrive tout juste reposé entre les mains des Amapiens à partir de 15 heures. Pour sceller ce lien, un chantier participatif est même prévu pour aider les boulangers dans leur futur déménagement à Bègles. L’entraide, au-delà du contrat.
Présente ce soir-là à Talence, Françoise Gross, de l’Amap de Bègles 1, avait passé l’après-midi à planter des pommes de terre chez l’un des producteurs.
Un engagement citoyen et social
Être adhérent d’une Amap est un engagement durable. Il peut retisser un lien parfois éloigné avec la terre : « Mes grands-parents étaient agriculteurs, je sais comment ils travaillaient », confie Marion, habitante du quartier. Au-delà de l’assiette, elle loue le projet social de Petal : « Il n’y a pas de président, c’est le conseil d’administration qui décide de tout. C’est parfois un peu long », sourit-elle, évoquant les soirées « auberge espagnole » qui rythment les saisons de l’association. « Ce que j’aime, c’est le lien direct, reprend une autre amapienne talençaise. On paie les artisans, on peut poser des questions au producteur. On mange bon, bio et local. »
Il est près de 20 heures, la distribution finit de s’écouler à Talence, comme un moment hors du temps, prouvant que manger peut être un acte politique, mais surtout de partage.



