Christ Church : l'influence croissante des nationalistes chrétiens à Washington
Nationalistes chrétiens : leur influence grandit à Washington

La très conservatrice Christ Church, liée au nationalisme chrétien, cherche à étendre son influence politique au cœur du pouvoir américain avec le soutien de figures comme le ministre de la Défense Pete Hegseth. En février, le chef du Pentagone invitait le pasteur Doug Wilson, connu pour son opposition au droit de vote des femmes ou à leur présence sur le champ de bataille, à prêcher au ministère de la Défense. La Christ Church a le vent en poupe à Washington.

Une « Mission à Babylone » pour transformer Washington

Dans un article intitulé « Mission à Babylone », Doug Wilson, un « nationaliste chrétien » revendiqué, a comparé la capitale américaine à cette ville biblique symbole d’orgueil et d’idolâtrie, disant vouloir la transformer en « nouvelle Jérusalem ». Il a trouvé un allié de poids en Pete Hegseth. Ce dernier, qui arbore le tatouage « Deus Vult » – le cri de ralliement des croisés – sur le biceps, a signé un livre intitulé « American crusade » et est membre de la Communion of Reformed Evangelical Churches (CREC), cofondée par Doug Wilson à la fin des années 1990. La CREC compte plus de 160 églises dans le monde.

Une implantation stratégique après l’élection de Trump

L’an passé, Pete Hegseth assistait au premier office de la Christ Church à Washington, quelques mois après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. « Avec l’élection de Trump, nous savions qu’il y aurait d’autres évangéliques, d’autres chrétiens dans l’administration, et il semblait que c’était le bon moment » pour s’installer dans la capitale américaine, explique Joe Rigney, un pasteur ayant prêché plusieurs fois pour la Christ Church dans la capitale. « Nous savions qu’il y aurait des personnes intéressées par notre vision théologique et culturelle », ajoute-t-il, précisant que l’ouverture de cette église répondait à une demande de fidèles.

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Une vision théologique et politique controversée

Cette « vision » est notamment marquée par une volonté de « faire de l’Amérique une nation chrétienne », explique Julie Ingersoll, professeure d’études religieuses à l’Université de Floride Nord. Elle considère le gouvernement et la hiérarchie sociale comme « créés » par Dieu, ajoute la chercheuse. « Notre objectif est donc de nous rendre à Washington pour rappeler à tous ceux qui veulent bien nous écouter, qu’il s’agisse des ministres, des sénateurs, des serveurs de café ou des femmes au foyer que Jésus est le Seigneur », résume Joe Rigney.

Des positions en rupture avec le cadre constitutionnel

Pour la CREC, le religieux et le politique sont intimement liés. Doug Wilson livre ses commentaires sur l’actualité dans des billets de blog souvent teintés d’humour, allant du bien-fondé de la guerre en Iran à l’opposition au 19e amendement, qui garantit le droit de vote des femmes. La plupart des historiens rejettent l’idée, véhiculée par la Christ Church, selon laquelle les États-Unis auraient été fondés en tant que nation chrétienne. Cette croyance est « avant tout le reflet de leur propre interprétation du christianisme, et ne reflète pas nécessairement ce en quoi croyaient les fondateurs », explique Sam Perry, professeur à l’Université Baylor. Le Premier amendement de la Constitution stipule d’ailleurs qu’« il ne doit y avoir aucune religion d’État, et que l’accès aux fonctions publiques ne doit pas être subordonné à une religion », ajoute-t-il.

Une influence croissante au sein de l’administration Trump

Si le discours nationaliste chrétien existait sous Ronald Reagan dans les années 1980, « il n’était pas pris au sérieux comme c’est le cas aujourd’hui », précise Julie Ingersoll. Doug Wilson, longtemps considéré comme un marginal au sein des évangéliques conservateurs, « est progressivement devenu une figure plus grand public », décrit Kristin Kobes du Mez, professeure d’histoire à l’Université Calvin.

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Des victoires politiques et des priorités claires

Parmi les récentes victoires politiques selon la CREC, Joe Rigney cite l’annulation de l’arrêt de la Cour suprême Roe vs. Wade (qui protégeait l’avortement au niveau fédéral), et « prie » pour l’annulation de la décision Obergefell, qui autorise le mariage gay. Une autre priorité est « l’immigration » qui, selon lui, est l’une des raisons pour lesquelles « nous nous sommes éloignés de nos racines chrétiennes ».

La rhétorique nationaliste chrétienne et la guerre en Iran

La rhétorique nationaliste chrétienne est particulièrement présente depuis la guerre en Iran, débutée par l’offensive israélo-américaine fin février. Pete Hegseth appelle régulièrement à prier pour les militaires déployés dans le Golfe « au nom de Jésus-Christ », cite la Bible allègrement, et a comparé un pilote américain secouru après le crash de son avion en Iran à Jésus ressuscité. Le ministre, ouvertement hostile à la présence de femmes sur le champ de bataille, a également annoncé en janvier que le Pentagone allait évaluer les effets de leur intégration aux postes de combat. « Pete Hegseth est l’incarnation même de ce christianisme et de ce patriarcat militants », avance Kristin Kobes du Mez.

Une présence durable à Washington

Quant à la Christ Church Washington, Joe Rigney affirme que sa communauté souhaite une présence « durable », indépendante des « cycles électoraux ».