Erin Brockovich, célèbre pour son combat contre la pollution de l'eau à Hinkley, en Californie, dans les années 1990, s'attaque aujourd'hui à un nouveau fléau : les datacenters des géants de la technologie. Dans une interview accordée au Point, elle explique les raisons de cette croisade.
Une menace environnementale et sanitaire
Selon Brockovich, les datacenters consomment des quantités astronomiques d'eau et d'électricité, et rejettent des polluants dans l'air et l'eau. Elle cite l'exemple de l'Arizona, où des projets de datacenters d'Amazon, Google et Microsoft menacent les réserves d'eau de la région. « Ces installations utilisent des millions de litres d'eau par jour pour le refroidissement, alors que certaines communautés souffrent de sécheresse », déclare-t-elle.
Des communautés locales en première ligne
L'activiste souligne que les populations locales ne sont pas consultées et subissent les conséquences. « Les géants de la tech arrivent avec leurs promesses d'emplois, mais ils laissent derrière eux des ressources épuisées et une pollution souvent invisible », ajoute-t-elle. Elle appelle à une régulation plus stricte et à une transparence accrue de la part des entreprises.
Un combat qui rappelle celui de Hinkley
Brockovich compare cette lutte à celle qu'elle a menée contre Pacific Gas and Electric Company (PG&E) pour la contamination au chrome hexavalent. « Les similitudes sont frappantes : des entreprises puissantes qui cachent des informations, des communautés qui ignorent les risques », explique-t-elle. Aujourd'hui, elle utilise sa notoriété pour sensibiliser le public et soutenir les associations locales.
Des chiffres alarmants
Selon un rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les datacenters ont consommé environ 200 térawattheures d'électricité en 2022, soit près de 1 % de la demande mondiale. Leur consommation d'eau est également massive : un datacenter de taille moyenne peut utiliser jusqu'à 3,5 millions de litres d'eau par jour. Ces chiffres pourraient doubler d'ici 2030 si aucune mesure n'est prise.
Les géants de la tech réagissent
Interrogés par Le Point, Amazon, Google et Microsoft assurent investir dans des technologies plus durables, comme le refroidissement par air ou l'utilisation d'eaux recyclées. Amazon affirme que ses datacenters en Arizona utiliseront des eaux grises et des systèmes de refroidissement adiabatique. Google promet d'atteindre une consommation d'eau nette zéro d'ici 2030. Microsoft, de son côté, s'engage à être « water positive » d'ici 2030.
Une mobilisation citoyenne
Erin Brockovich encourage les citoyens à se renseigner sur les projets de datacenters dans leur région et à exiger des études d'impact indépendantes. « Ne laissez pas les entreprises décider pour vous. Votre santé et votre environnement en dépendent », conclut-elle. Son combat a déjà inspiré des actions en justice dans plusieurs États américains, notamment en Oregon et en Virginie.



