EELV dans les Landes : Gérard Claverie analyse la difficile percée de l'écologie en milieu rural
Dans le département des Landes, comme dans de nombreux territoires français, les dernières élections municipales ont révélé une double tendance préoccupante : l'affaiblissement progressif des partis politiques traditionnels et une montée inquiétante du désengagement citoyen. Gérard Claverie, secrétaire départemental d'Europe Écologie Les Verts (EELV), examine les mécanismes de cette crise démocratique tout en soulignant les obstacles persistants à la diffusion d'un message écologiste audible dans cette région rurale.
Un paysage électoral en crise
Quel regard portez-vous sur les résultats des élections municipales dans les Landes ?
« Ils sont assez mitigés, mais surtout préoccupants. Sur 327 communes, seules cinq sont allées au second tour. Dans beaucoup d'endroits, il n'y avait qu'une seule liste. Cela traduit un manque d'opposition et, plus largement, un problème d'engagement citoyen. Les gens n'y croient plus, ou pensent que cela ne sert à rien. »
Cette situation est-elle nouvelle ?
« Elle s'accentue. On observe aussi un nombre important de bulletins blancs et nuls. Cela confirme, selon moi, un déficit démocratique profond. Et ce phénomène ne concerne pas uniquement les municipales. De plus en plus d'élus renoncent à se représenter, lassés par la complexité administrative et parfois les tensions. »
La montée des listes citoyennes et la position d'EELV
Comment expliquez-vous la montée des listes citoyennes, souvent sans étiquette partisane ?
« C'est le signe d'un désaveu des partis traditionnels. Ces listes rassemblent des sensibilités diverses. Cela peut être une richesse, mais aussi une limite. Elles traduisent surtout un désaveu vis-à-vis du système politique classique. Il y a une espèce de virage aux extrêmes, et notamment l'extrême droite qui est inquiétante. »
Dans ce contexte, comment se positionne Europe Écologie Les Verts (EELV) dans les Landes ?
« Paradoxalement, nous avons plus d'élus qu'en 2020. On peut donc parler d'une légère progression. Mais elle reste fragile. Nos alliances avec les autres forces de gauche sont avant tout stratégiques. Nous savons que nous ne sommes pas d'accord sur tout, mais nous cherchons à construire des compromis. »
L'écologie perçue comme punitive en milieu rural
L'écologie peine-t-elle encore à convaincre ?
« Oui, clairement. Elle est souvent perçue comme punitive. Dans un département rural comme les Landes, les habitants vivent dans la nature et ont parfois le sentiment de ne pas être concernés par les enjeux climatiques. Pourtant, les signaux sont là : épisodes de chaleur de plus en plus précoces, dérèglements climatiques, évolutions visibles du milieu naturel. Aujourd'hui, on refuse de regarder les choses en face, sans se rendre compte que la nature est en train de nous faire payer nos comportements. »
Comment expliquez-vous que les préoccupations écologiques progressent dans l'opinion sans se traduire dans les urnes ?
« C'est une vraie question. Les gens sont de plus en plus conscients des enjeux, mais cela ne se transforme pas en votes. Il y a probablement un problème de confiance, y compris envers nous. J'ai l'impression que l'on fait partie des gens qui font peur. C'est aussi à nous d'améliorer notre manière de communiquer. »
Dialoguer avec les acteurs locaux sur des sujets sensibles
Sur des sujets sensibles comme la chasse ou l'agriculture, comment dialoguer dans un territoire rural comme les Landes ?
« Il faut sortir de l'affrontement. Sur la chasse, par exemple, il y a des réalités : la prolifération de certaines espèces pose problème. Je suis pour le dialogue avec les chasseurs. Même chose pour les agriculteurs : on touche à leur revenu, donc c'est plus complexe. Il faut construire des solutions avec eux. »
Quelles sont vos priorités localement ?
« Faire prendre conscience qu'il y a un problème écologique majeur. On observe une progression du nombre d'adhérents, ce qui est encourageant. Mais il reste beaucoup à faire pour convaincre. »
La notion de temps long et la position nationale d'EELV
Vous insistez souvent sur la notion de temps long…
« Oui, parce que c'est essentiel. Ce que nous vivons aujourd'hui est la conséquence de décisions prises il y a cinquante ans. Et ce que nous faisons aujourd'hui produira ses effets dans plusieurs décennies. C'est toute la difficulté : mobiliser sur un problème dont les effets ne sont pas toujours immédiats. »
Comment jugez-vous aujourd'hui la position d'EELV dans le paysage politique français ?
« Il y a un manque de lisibilité. Même les militants ont du mal à comprendre ce qui se passe à Paris. On a un peu de mal à cerner le problème avec cette histoire de primaire. Je pense que ça va partir dans tous les sens. À gauche, il y a aussi un problème de leadership. D'un côté, il y a Jean-Luc Mélenchon, et de l'autre, on a du remue-méninges qui est en train de s'installer avec Yannick Jadot, Boris Vallaud et Raphaël Glucksmann. Il faudra à la fois un programme clair et une personnalité capable de l'incarner lors des prochaines échéances électorales. »
L'analyse de Gérard Claverie met en lumière les défis spécifiques auxquels fait face le mouvement écologiste dans les Landes, entre désengagement démocratique, perception négative de l'écologie et nécessité de construire des alliances fragiles. La progression modeste du parti dans ce département rural reste conditionnée à sa capacité à mieux communiquer et à dialoguer avec les acteurs locaux sur des sujets sensibles comme l'agriculture ou la chasse, tout en maintenant une vision à long terme des enjeux environnementaux.



