Le Var, premier département touristique de France, connaît une saison 2026 bien lancée, portée par des réservations en hausse et des ponts de mai particulièrement favorables. Cascades, terrasses animées, campings pleins : l'avant-saison 2026 s'annonce prometteuse. Les chiffres de réservation sont en hausse et les nuitées progressent. Mais derrière les bonnes nouvelles, les acteurs de la filière se préparent à une transformation profonde de leur modèle, face au changement climatique et aux nouvelles attentes des visiteurs.
Une affluence au beau fixe
Ce dimanche 24 mai 2026 au matin, l'affluence est au beau fixe du côté de Sillans-la-Cascade. Bien soutenue aussi par l'organisation du vide-greniers, à l'image d'une multitude d'événements printaniers qui font vivre les villages varois. Le détour par l'incontournable cascade s'impose. « Nous étions déjà venus il y a bien longtemps, mais nos filles jamais », racontent Didier et Marianne Michaud, accompagnés de Diane et Claire pour cette virée varoise. Venus de Saint-Laurent-du-Var et Roquebrune-Cap-Martin, la famille « profite de ce site exceptionnel. On a demandé à ChatGPT et c'est lui qui nous a conseillé cette visite ». Quelle est la suite du programme ? « Ce soir, on sera dans un hôtel, entre Villecroze et Tourtour. » Mais pas plus de détails, « c'est une surprise, pour les soixante ans de maman ! »
« La saison est pleinement lancée »
À quelques kilomètres de là, à Cotignac, les visiteurs sont nombreux aussi aux terrasses du cours Gambetta. « La saison est pleinement lancée. Le mois de mai s'est bien passé, on a eu une belle fréquentation, et ça continue de grimper. On sait que désormais, on devrait avoir du monde jusqu'en septembre », prédit Laura Long, du restaurant « La Fontaine ». Craint-elle les fortes chaleurs ? « À titre personnel, je ne les crains pas. Quant aux visiteurs, ici, entre les platanes et la fontaine, ils ont toujours ce qu'il faut de fraîcheur ! »
Un ressenti de terrain conforme aux chiffres compilés par l'organisme Var tourisme, via son observatoire et ses échanges avec ses partenaires (syndicats professionnels et offices de tourisme). Pour ce printemps 2026, les statistiques ne sont pas encore établies (et le week-end de la Pentecôte n'est même pas achevé !) mais plusieurs indicateurs laissent deviner une belle avant-saison. Ainsi, selon une enquête de « Mkg consulting » (effectuée la semaine du 23 mars) « le taux de réservation des hôtels du Var en avril a augmenté de + 1 point, de + 9 points en mai et de + 7 points en juin en comparaison à l'année dernière ». De même, les chiffres de SNCF Connect « témoignent d'une bonne dynamique ferroviaire : sur le périmètre TGV / OUIGO à destination des gares varoises : + 18 % sur le mois de mai, dont + 20 % sur l'Ascension et + 16 % sur la Pentecôte par exemple. »
Pour la première quinzaine de mai 2026, l'observatoire de Var tourisme recense « plus de 3 millions de nuitées touristiques. L'attractivité de cette période est due aux ponts de mai (1er et 8 mai) et plus particulièrement au week-end de l'Ascension. Soit une hausse de 8 % par rapport à la même période en 2025 (mais l'Ascension était fin mai en 2025, les chiffres resteront à affiner). »
Optimisme pour l'été
Au-delà du printemps, le monde touristique varois semble entrevoir encore une belle année, après un « bilan touristique 2025 favorable, marqué par une fréquentation à la hausse en hébergement marchand : nuitées à + 1,1 % en camping, à + 2,5 % en hôtellerie et à + 3 % en location meublée ». Au niveau de la location meublée, les réservations (au 15 avril 2026 par rapport au 15 avril 2025) augmentent ainsi en juillet de + 14 %, de + 10 % en août et de + 11 % en septembre. Les remontées sont positives aussi du côté de l'hôtellerie de plein air, notamment pour juin et septembre.
Signe de consolidation, « toutes les régions de provenance des touristes sont au vert », indique Guillaume Decard, président de Var tourisme. Pour 68 %, ces nuitées touristiques sont françaises, et donc pour 32 % en provenance de l'international, avec en tête l'Allemagne, suivie des Pays-Bas. Var tourisme observe par ailleurs avec satisfaction « la montée en gamme de l'offre en hébergement dans le Var avec une offre camping 4 et 5 étoiles qui a doublé (+ 109 % de lits) et en hôtel (+ 151 % de lits 4 et 5 étoiles) ces dix dernières années ».
« Les premières tendances pour 2026 confirment des tendances de fond : nous assistons à une transformation profonde des attentes », précise Guillaume Decard. « Les visiteurs recherchent davantage de sens, d'authenticité, d'expériences, de proximité avec les territoires et les habitants. Ils sont également de plus en plus sensibles aux enjeux environnementaux, à la qualité des mobilités, à l'impact de leur séjour. Ces évolutions ne sont pas conjoncturelles. Elles redéfinissent durablement notre modèle. Les niveaux de réservation sont solides, la saison touristique tend à s'allonger, et nous observons une diffusion plus équilibrée de la fréquentation sur l'ensemble du territoire. Cela signifie que les stratégies engagées depuis plusieurs années, notamment en matière de désaisonnalisation et de valorisation du Var des Terres commencent à produire des effets concrets. »
Faire face au changement climatique
Et si l'un des principaux atouts du Var depuis l'avènement de l'ère touristique, c'est-à-dire son climat chaud, se retournait contre lui, les excès du mercure s'avérant rédhibitoires ? Les acteurs de la filière ne prennent pas la menace à la légère. Ainsi, Var tourisme étudie « bien entendu les impacts du changement climatique sur les comportements des clientèles, en termes de mobilités pour l'accès à la destination, mais aussi aux déplacements des visiteurs lorsqu'ils sont arrivés sur leurs lieux de visites. » Travaillant à « une stratégie de tourisme des 4 saisons, en concertation avec l'ensemble des acteurs », Var tourisme, via son observatoire, se veut proactif « sur la gestion des flux, et donc l'impact sur la préservation de nos nombreux espaces naturels remarquables, qui constituent notre force ».
Quatre saisons, avec le plein air et l'agritourisme
L'organisme promeut la création d'une offre « durable », pointe Guillaume Decard, c'est-à-dire « une structuration des filières sur l'agritourisme et les activités de pleine nature, l'allongement des ouvertures des hébergements qui nous permettent d'accueillir les visiteurs d'une manière plus étalée, organiser une offre qui permet d'utiliser les mobilités douces et le soutien d'une politique événementielle forte toute l'année. » En haute saison, « les établissements qui ont investi et qui offrent une large gamme de prestations - villages de vacances, résidences de tourisme, hôtellerie de plein air et hôtellerie adaptée - sont favorisés compte tenu du caractère familial de la clientèle de l'été », relève Var tourisme. Raison pour laquelle l'organisme présente et construit « chaque année en concertation avec les territoires et les professionnels des offres qui permettent de prendre en compte certaines parties de territoires qui seraient pénalisés par le réchauffement climatique, pour diversifier les clientèles ». Là aussi, une mutation, par la force des choses, semble bien enclenchée.



