Xenia Fedorova expulsée : le chercheur Maxime Audinet explique
Xenia Fedorova expulsée : Maxime Audinet explique

Le chercheur Maxime Audinet, spécialiste de la politique étrangère de la Russie et titulaire de la chaire « Stratégies d'influence et de contre-influence en contexte numérique » à l'Inalco, voit dans l'expulsion de Xenia Fedorova une réponse directe à la menace d'ingérence. Il explique que « les ingérences russes dans les élections américaines et françaises ont fait apparaître l'influence étrangère comme une menace », justifiant ainsi la décision du gouvernement français.

Une décision gouvernementale radicale

Le 29 juillet, le ministère de l'Intérieur a ordonné l'expulsion immédiate du territoire français de Xenia Fedorova, ressortissante russe et figure influente des médias Bolloré. Cette mesure s'accompagne, depuis le 30 juillet, d'un gel de ses avoirs pour une durée de six mois. La chroniqueuse, connue pour ses positions pro-Poutine, est régulièrement présente sur les antennes du groupe, notamment sur CNews.

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait précédemment qualifié Xenia Fedorova de « propagandiste patentée ». Une formule qui reflète la position ferme de l'exécutif à l'égard de celle qui incarne, aux yeux de nombreux observateurs, une voix complaisante envers le Kremlin. Cette décision intervient après plusieurs mois de tensions autour du rôle des médias français dans la diffusion de récits favorables à la Russie.

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Le rôle des médias Bolloré en question

Pour Maxime Audinet, cette expulsion s'inscrit dans un contexte plus large de durcissement face aux tentatives d'ingérence étrangère. Les médias Bolloré, et particulièrement CNews, ont été pointés à plusieurs reprises pour leur traitement de l'actualité russe, offrant une tribune à des personnalités comme Xenia Fedorova. Le chercheur estime que l'influence étrangère est devenue un enjeu de sécurité nationale, justifiant des actions inédites.

Le chercheur nuance toutefois la portée de la mesure. « Si Xenia Fedorova le souhaite, elle pourra toujours faire des duplex avec CNews depuis Moscou », ironise-t-il, rappelant que l'expulsion ne l'empêche pas de continuer à collaborer à distance avec les médias français. La décision française modifie néanmoins son ancrage juridique et territorial, et envoie un signal clair aux acteurs jugés proches du Kremlin.

Une procédure express et un gel des avoirs

La procédure a été menée rapidement. L'arrêté d'expulsion, pris le 29 juillet, a été notifié immédiatement, sans délai de recours suspensif. Le gel des avoirs, effectif dès le lendemain, vise à empêcher toute utilisation de fonds pour des activités jugées contraires aux intérêts de la France. Cette double mesure est rare dans le cas d'une personnalité médiatique et témoigne d'une volonté politique de fermeté.

Audinet rappelle que la lutte contre l'ingérence russe est devenue une priorité après les ingérences constatées lors des élections américaines et françaises. La présence de Xenia Fedorova sur le sol français était devenue, selon le chercheur, un symbole de cette menace. Il souligne que les démocraties doivent désormais utiliser tous les outils juridiques disponibles pour se protéger, sans pour autant céder à la panique.

Le livre « Bannie » : un titre prémonitoire ?

Xenia Fedorova avait signé son livre Bannie (Fayard) lors du Salon du Livre de Paris, au Grand Palais, le 12 avril 2025. Ce titre, qui évoque l'exclusion, résonne aujourd'hui avec son expulsion. Ses soutiens dénoncent une atteinte à la liberté d'expression, tandis que le gouvernement assume une mesure de protection de l'ordre public.

Le cas de Xenia Fedorova illustre les dilemmes des démocraties face aux ingérences étrangères. Entre fermeté et respect des libertés, la ligne tracée par le gouvernement français est scrutée de près, tant en France qu'à l'international. Cette affaire pourrait faire jurisprudence et influencer la manière dont les autorités traitent les personnalités médiatiques proches de puissances étrangères.

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