La Barthelasse, plus grande île fluviale d'Europe, s'étend sur 9,8 km² au cœur du Rhône, entre Avignon et Villeneuve-lès-Avignon. Selon Philippe Bonfiglio, responsable de la promotion et de la commercialisation de l'office de tourisme d'Avignon, c'est "le poumon vert ou le Central Park d'Avignon". L'île, qui compte environ 900 habitants, offre un contraste saisissant entre nature sauvage et vie de château, comme le rapporte Midi Libre dans son exploration estivale.
Une île aux multiples visages
Accessible par le pont Daladier, l'île se découvre idéalement à vélo. Philippe Bonfiglio a guidé un parcours d'une dizaine de kilomètres, du pont Daladier au bras mort du Rhône, en empruntant la ViaRhôna, cette piste cyclable européenne de 815 km qui relie le lac Léman à la Méditerranée. "Comme toute île, la Barthelasse a un côté exclusif, un autre alternatif. Et un côté sauvage", souligne-t-il.
Au fil du chemin de halage, des panneaux indiquent campings, chambres d'hôtes et gîtes. Les champs de pommiers et de poiriers cèdent la place à des domaines historiques, comme le mas de Rhodes, ancien pavillon de chasse ayant appartenu à l'inventeur de l'alphabet vietnamien, ou un château du XVIIe siècle, encore occupé par la veuve d'un riche industriel égyptien. Florence, qui travaille sur le site depuis vingt-six ans, confie : "On est loin de tout, on est un peu isolé."
Un havre pour les amoureux de la nature
L'île, encerclée par deux bras du Rhône et coupée par un bras mort, est un lieu privilégié pour l'observation de la faune. Elsa Thomas, qui s'y rend chaque week-end, témoigne : "Je ne vis pas et je ne travaille pas sur la Barthelasse, mais j'y viens tous les week-ends. C'est chouette d'avoir ça en pleine ville, pour les amoureux de la nature et de l'ornithologie. On y voit des hérons, des cormorans, des éperviers, des balbuzards pêcheurs…"
La distillerie Manguin, fondée dans les années 1940 par Claude Manguin, fils du cofondateur du fauvisme, perpétue la tradition. Emmanuel Hanquiez, qui a racheté la maison avec son épouse Béatrice en 2011, explique : "L'âme de la distillerie est ici, sur la Barthelasse, au milieu des vergers et à cinq minutes des remparts." Les spiritueux, comme la liqueur d'abricot, le gin et la vodka à l'olive, sont servis dans des bars réputés à Megève, Paris, Méribel, Saint-Tropez ou Marrakech.
Un passé riche et des crues mémorables
L'île a aussi abrité la Compagnie Dertaïdenz, installée dans une ancienne pizzéria en 2017, qui y trouve "un lieu où travailler dans des conditions dignes, en pleine nature". Mathieu Cappeau, troisième génération de maraîchers à la ferme La Reboule, rappelle : "La Barthelasse a toujours été un jardin, il y a toujours eu du maraîchage. Tu ne vas pas construire des usines là où il y a de l'eau tout le temps… Mon grand-père a connu jusqu'à dix inondations dans l'année."
La dernière grande crue remonte à 2003, avec deux mètres d'eau au niveau des remparts, selon Philippe Bonfiglio. Ces crues ont protégé l'île d'une urbanisation excessive et ont façonné ses 400 hectares de terres alluviales fertiles. L'histoire de l'île est aussi marquée par des anecdotes : on ne dansait pas sur le pont d'Avignon, mais dessous, et la Barthelasse était un lieu de duels, comme en témoigne une gravure de 1584.
La Barthelasse, avignonnaise depuis 1856, est née de la jonction d'une dizaine d'îles et se divise en trois ensembles : Piot au sud, la Barthelasse au centre, et La Motte au nord. C'est au Mas des Poiriers, dans la partie gardoise, que Barack Obama a séjourné en famille en juin 2019. Philippe Bonfiglio se souvient : "On a appris quelques semaines avant sa venue que quelqu'un d'important était attendu, car il fallait sécuriser la visite du Palais des Papes." La rumeur évoquait alors la venue de l'actrice Sophie Turner, mais c'est finalement l'ancien président américain qui est venu, dans ce domaine de 17 chambres loué 8 000 euros la nuit.



