Ce lundi 24 août, Paolo Camus, 19 ans, prend la direction de San Francisco, aux États-Unis, avec un objectif clair : décrocher le titre de champion du monde du jeu de cartes Pokémon, ce week-end. Le Montpelliérain, numéro un français, s'apprête à affronter l'élite mondiale après une saison qui l'a propulsé parmi les meilleurs joueurs français et européens.
Il y a encore un an, le jeune homme était loin d'imaginer un tel destin. Après une pause dans la compétition, il a repris les cartes Pokémon et les tournois il y a quelques mois, une décision qui a rapidement porté ses fruits. Employé à l'époque de la boutique Game Jutsu, au centre commercial du Triangle, où il s'entraînait également à l'étage, Paolo Camus a progressivement transformé sa passion en véritable projet professionnel.
Une ascension fulgurante dans les tournois
Depuis sa reprise, les résultats se sont enchaînés. En Allemagne, il termine huitième sur 2 200 joueurs. Au suivant, à Birmingham, il décroche une douzième place parmi 2 344 concurrents. D'autres performances suivent, jusqu'à lui permettre de terminer dans le top 7 européen et de devenir le meilleur joueur français de la saison. Une progression qui lui permet aujourd'hui de se mesurer aux meilleurs de la planète.
« Je pense aujourd'hui avoir atteint un niveau où je fais partie des meilleurs, que ce soit en France ou en Europe », estime le Montpelliérain. Mais pas question pour autant de considérer son apprentissage comme terminé. « Il y a toujours énormément à apprendre. » Car contrairement à ce que certains pourraient imaginer, les parties de Pokémon sont loin de se résumer au hasard ou à quelques cartes puissantes. Le jeu demande de l'anticipation, de la stratégie et une capacité permanente à s'adapter à son adversaire.
« Ce n'est pas comme les échecs. Il n'y a pas qu'une façon de faire. À chaque moment de la partie, il n'y a pas forcément un mouvement optimal. Chaque personne va avoir sa stratégie pour aborder la partie », détaille-t-il.
De la cour de récréation à la scène mondiale
Paolo a découvert Pokémon dès son enfance, dans la cour de récréation, avec les échanges de cartes et les discussions autour des créatures les plus puissantes. Puis il s'en est éloigné en grandissant. C'est finalement après la période du Covid qu'il replonge dans cet univers. Privé de sport durant les confinements, il cherche alors une nouvelle activité. Il découvre la communauté montpelliéraine, qui l'accueille rapidement.
« Mon premier tournoi, j'ai fait que des défaites. Mais c'était un formidable moment parce que tout le monde était vraiment très sympa », se souvient-il. Depuis, le phénomène a largement grandi. Dans la cité montpelliéraine, ils n'étaient autrefois qu'une quinzaine de joueurs réguliers. Aujourd'hui, Paolo Camus estime qu'une centaine de personnes jouent aux cartes Pokémon dans la ville, dont une quarantaine fréquente régulièrement les rendez-vous et les tournois.
Les clichés ont eux aussi évolué. « La majorité des joueurs ont entre 25 et 35 ans. C'est un jeu où la majorité des joueurs sont adultes, même si on a énormément d'enfants », observe-t-il. Loin de l'image du joueur solitaire enfermé derrière un écran, le jeu de cartes s'est démocratisé et attire désormais collectionneurs, passionnés et compétiteurs.
Un métier « un peu niche » mais financé par le sponsoring
Pour financer son aventure, le Montpelliérain peut notamment compter sur le sponsoring de Robin Chat, l'un des grands collectionneurs français à travers sa société Invest Collect, ainsi que sur celui de Game Jutsu. Une aide précieuse, qui lui a permis de passer joueur professionnel, comme deux autres tricolores. « Je voyage à l'étranger, en Europe et dans le reste du monde pour participer à des tournois de cartes », explique-t-il. Désormais, il joue à temps plein et participe également aux compétitions du jeu de cartes One Piece.
Un choix de vie qu'il n'avait pourtant pas prévu. Après des études de commerce, qui ne lui plaisaient plus vraiment, il décide de prendre « un an au minimum » pour tenter sa chance dans l'univers des cartes. « Ça me plaît énormément parce que ça me fait voyager et rencontrer du monde, mais c'est un métier un peu niche », sourit-il.
Des règles complexes et une concurrence féroce à San Francisco
Le jeu de cartes Pokémon oppose deux joueurs, chacun avec une sélection de 60 cartes, que le joueur choisit lui-même parmi plus de 2 000 possibilités. Le but est simple : mettre K.O. les Pokémon adverses pour récupérer ses cartes Récompense et être le premier à toutes les prendre. Au début de la partie, chaque joueur pioche sept cartes et place un Pokémon de base sur le terrain, face cachée. Un seul Pokémon est actif et peut attaquer ; d'autres peuvent être placés sur le banc, en réserve.
À chaque tour, le joueur pioche une carte puis peut réaliser différentes actions : poser de nouveaux Pokémon, les faire évoluer, attacher une carte Énergie pour préparer une attaque, jouer des cartes Objet ou Supporter, ou encore battre en retraite pour changer de Pokémon actif. Une fois prêt, le Pokémon actif peut attaquer celui de l'adversaire. Les attaques infligent des dégâts, selon les capacités de la carte et les Énergies attachées. Lorsque les dégâts atteignent les Points de Vie (PV) du Pokémon, celui-ci est mis K.O. Son adversaire prend alors une carte Récompense.
La partie se termine lorsqu'un joueur récupère toutes ses Récompenses, mais aussi si son adversaire n'a plus de Pokémon en jeu ou ne peut plus piocher de carte au début de son tour. Après plusieurs parties, les huit joueurs avec le plus de points obtenus sont qualifiés pour la phase finale. À San Francisco, la concurrence sera d'un tout autre niveau. Les États-Unis disposent d'un vaste vivier de compétiteurs et de nombreux tournois. « Plus il y a de tournois, plus ça augmente la concentration de bons joueurs », résume-t-il.
Paolo n'a pas fait tout ce chemin pour simplement participer. Après avoir déjà pris part à un championnat du monde à Hawaï, le Montpelliérain veut cette fois aller au bout. Une fierté pour Cyprien Astoury qui l'a « vu grandir et progresser », et qui diffusera la compétition sur la chaîne Twitch du magasin : Pyxidice. L'ancien employé de boutique devenu joueur professionnel rêve désormais de poser son nom au sommet du Pokémon mondial.



